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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

La Traviata

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Etat de grâce à l'Opéra Garnier pour cette nouvelle Traviata !
Une Traviata 2, voire 3.0 !

Ne me dites pas que vous n'avez jamais entendu parler de @violettavalery, la célèbre influenceuse fashionista égérie des parfums Villain, habituée des magazines people, youtubeuse effrénée, star des réseaux sociaux où le moindre de ses posts ou tweets est vu à plus de deux millions d'exemplaires.
D'ailleurs, la voici, en robe lamée dorée, devant la boîte parisienne branchée le Martina's !


Le metteur en scène Simon Stone nous propose une passionnante version du chef d'œuvre de Verdi, transformant cette femme, courtisane demi-mondaine du XIXème siècle en espèce de Kim Kardashian des plus actuelles et modernes.
Une actualisation du propos des plus réjouissantes, qui montre bien non seulement le caractère intemporel de l'œuvre adaptée de Dumas Fils, mais également le mythe que va incarner, à partir de l'acte II cette femme fragile, vulnérable et perdue, qu'on a trop eu tendance par le passé à réduire au rang de prostituée. (J'en profite pour rappeler que La Traviata signifie La dévoyée...)

Cette Violetta-là sera donc un personnage obsédé par l'apparence, le paraître. Tous les codes de ce milieu superficiel et excessif seront déclinés de façon judicieuse et très réussie.

Ce sont deux gigantesques écrans reliés à angle droit (un angle qui donc fait face à l'orchestre) qui attendent les spectateurs. Sur ces deux écrans, les grands yeux de @violettavalery, paupières fermées, maquillées, longs cils recourbés.


Michele Mariotti attend que ces paupières se soulèvent pour lancer immédiatement les troupes orchestrales de la maison. L'effet est saisissant.

Le chef originaire de Pesaro, Directeur du Teatro Communale de Bologne, connaît bien la partition. Une vraie fougue enthousiaste va régner.

Beaucoup de richesse dans les nuances, beaucoup de subtilités dans les pupitres de cordes, sans oublier une grande vitalité des percussions.

Nous n'allons pas tarder à comprendre que les deux écrans en question sont montés sur une « tournette ». Lorsque ils seront face à nous, les techniciens s'affaireront derrière pour changer tout au long des ces trois heures décors ou accessoires : des barrières, des poubelles, la statue de Jeanne d'Arc (celle de la place des Pyramides), un pressoir à vin, une vache en chair et en os (si si...), une chapelle, un fauteuil de chimio et un lit d'hôpital, etc, etc...

 

Le procédé fonctionne remarquablement : à chaque rotation de la tournette, les spectateurs attendent avec une certaine avidité ce qu'ils vont bien pouvoir découvrir.

Sur ces écrans sera projeté notamment tout ce qui constitue l'espace virtuel de l'héroïne : ses video Youtube, ses tweets, ses sms (durant certains airs, des échanges très drôles, avec tous les tics de langage écrit actuels, sont ainsi visualisés), ses relevés bancaires révélant un sacré découvert, etc, etc....)
Tout ceci relève d'un épatant parti-pris scénographique. Les video de Zakk Hein sont magnifiques , notamment lors des dernières scènes.

Tout ceci relève d'une grande inventivité. Simon Stone confirme sa capacité à mettre en scène une œuvre de façon hyper-réaliste, très contemporaine, avec des trouvailles formidables qui provoquent le rire ou beaucoup d'émotion.
C'est de la très belle ouvrage !

La distribution (très internationale) des principaux rôles est d'une bien belle cohérence.

Violetta était interprétée hier par la jeune soprano tchèque Zuzana Markova. (Pretty Yende et elle se partagent le rôle, en alternance.)
Elle a reçu une véritable ovation aux saluts, et ce n'est que justice !


Elle m'a enchanté par son timbre chaud, ses impressionnantes coloratures, et surtout par les subtiles nuances qu'elle sait déployer. Ses piani et pianissimi sont merveilleux.


C'est également une comédienne accomplie, déployant une remarquable présence scénique, et ce, dans les trois facettes de l'héroïne, une par acte.
Elle parvient immédiatement à rendre très humaine cette femme. Une femme qui souffre.
Sentimentalement, bien entendu, mais également physiquement.

Lors des dernières scènes, Melle Markova m'a tiré des larmes.
Dans son fauteuil de la salle de chimio, arrachant son cathéter, ou bien dans son lit d'hôpital, elle est bouleversante !
Sans oublier la toute dernière séquence. La mort de l'héroïne, qui conclut d'œuvre.
Une séquence elle aussi très réussie, avec une forte symbolique. L'au-delà dans lequel Violetta pénètre, serait-il finalement l'espace virtuel et numérique ?

Les chanteurs sont eux aussi excellents.

Le ténor brésilien Attala Ayan est un parfait Alfredo Germont. Lui aussi connaît bien le rôle, pour l'avoir déjà abordé, notamment avec Richard Eyre.
Puissant mais jamais en exagération, subtil lors des moments graves ou tendus, c'est un bien enthousiasmant « Tenor Verdi ».

Le père Germont est incarné par le québecois Jean-François Lapointe.
Lui aussi sera beaucoup applaudi.
Il est totalement crédible en père repentant. Le baryton ravit toute la salle. Une vraie densité émane de son interprétation scénique et vocale.
Les duos père-fils sont particulièrement réussis.

La mezzo Marion Lebègue, qui fut une épatante Nonne sanglante à l'Opéra comique, campe ici une Annina, la domestique et confidente. Là encore, une belle réussite.

Les autres rôles sont eux aussi très aboutis, notamment ceux du Gaston de Julien Dran ou le Baron Douphol de Christian Helmer.

Et puis, il me faut une nouvelle fois mentionner l'excellence du chœur de l'Opéra de Paris dirigé par José-Luis Basso, avec les bien beaux et extravagants costumes de Alica Babidge.

Ces trois heures, avec deux entractes, passent beaucoup trop vite.
La grâce, vous dis-je !
Cette Traviata-là est appelée à être reprise de nombreuses fois. A Paris, et j'en prends le pari, dans le monde entier.

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L
Excellent commentaire comme toujours qui donne noen envie de voir cette traviata la...
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