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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

7 ans de réflexion

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Putain, sept ans !


C'est long, sept ans. De mariage.
Voilà ce que semble se dire Richard Sherman, éditeur new-yorkais de son état, encore fringant quadragénaire redevenu célibataire par la force des choses, son épouse et sa fille ayant pris quelques jours de vacances.


Libre !
Open à tous les fantasmes...
Quand soudain, un imprévu va venir troubler son quotidien.


Cet imprévu prend la forme d'une très très très, mais alors très jolie jeune femme de vingt-cinq ans, en l'occurrence, la voisine du dessus.
Ces deux-là vont lier connaissance. Et pas qu'un peu...


Le premier grand mérite de cette entreprise dramaturgique est de rappeler que le film dont elle s'inspire est lui-même tiré d'une pièce de théâtre écrite en 1952 par George Axelrod.
Au début, il y eut le théâtre. Le cinéma vint ensuite !


En 1956, Billy Wilder en tira un célébrissime, cultissime long-métrage, avec bien entendu Marylin Monroe et Tom Ewell.

De ces années 50, il ne faut pas oublier au passage la condition féminine.

Ce personnage de jeune femme, mannequin, modèle pour photographes, vivant seule dans un appartement, ce personnage-là est encore rarissime, et exposé à bien des critiques.


Gérald Sibleyras a donc adapté tout ceci pour en tirer une version 2019 très pertinente et drôle.
Une solide distribution est dirigée efficacement, par Stéphane Hillel. La direction d'acteurs est solide, sans effets de mode, mettant en avant comme de juste les deux comédiens principaux.

La grande réussite de cette mise en scène et de cette adaptation, c'est la visualisation sur le plateau de ce qui se passe dans la tête des personnages.
Fantasmes, illusions, hypothèses, risques encourus, tout ceci fonctionne très bien. Avec une judicieuse utilisation de projections video.

Nous ne sommes jamais perdus, entre la réalité et ce que nous ne pourrions pas voir sans le médium théâtre.

L'éditeur est incarné par Guillaume de Tonquédec.
Il est irréprochable, dans ce rôle d'honnête homme se questionnant avec insistance, suite aux sept années fatidiques de mariage.
On croit tout à fait à son personnage jovial, débonnaire, comptant bien profiter d'une certaine situation.

Il est drôle. Ses ruptures, ses volte-faces, ses tiraillements entre la raison, la fidélité et le coup de canif dans le pacte marital, ses longs monologues font mouche à tous les coups.

Alice Dufour est cette jeune femme.
Celle qui illumina la pièce Le canard à l'orange, mise en scène la saison passée par Nicolas Briançon, est parfaite dans la reprise du rôle de l'icône Marylin.
Elle incarne une grande séductrice avec aisance et une vraie sensualité.

Ah ! La scène dans son drap enroulé laissant apparaître de temps en temps une longue jambe... (On aura compris la valeur de mes points de suspension...)


Elle aussi est très juste. Il était hors de question, bien évidemment, de vouloir imiter la comédienne américaine. Melle Dufour parvient à marquer de son talent ce rôle.

Pas si évident que cela de ne pas tomber dans une vile caricature.

Il faut noter une remarquable trouvaille scénographique, à savoir la reproduction sur le plateau d'une des plus célèbres scènes du cinéma américain. Et non, vous n'en saurez pas plus !

J'ai beaucoup aimé également le personnage... d'Aristote.
Oui, vous avez bien lu. Le philosophe grec, qui se pose ici en bonne ou mauvais conscience du héros.
C'est François Bureloup qui s'y colle avec une vraie vis comica. Il m'a lui aussi bien fait rire.

 

Le reste de la petite troupe est lui aussi parfait, avec Jacques Fontanel en irrésistible psychanalyste en costume trois pièces, Agathe Drone en très séduisante Mme Sherman, et Clément Koch qui incarne un bellâtre que le héros de la pièce imagine très facilement en amant de son épouse.

Le public ne boude pas son plaisir, les applaudissement fusent dès la tombée du rideau avec une dernière fois les indiens et les bisons (je vous laisse découvrir).


Toutes les mains finissent par claquer au rythme du joli swing très fifties composé par François Peyrony, et qui vous trotte dans la tête bien après la porte des Bouffes Parisiens franchie.

Une comédie sentimentale réussie qui assure au public une belle soirée.

© Photo Céline Nieszawer

© Photo Céline Nieszawer

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