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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Pierre Christophe Quartet - Tribute to Erroll Garner

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Un véritable moment de grâce au Duc des Lombards !


Pierre Christophe et ses trois acolytes (Laurent Bataille aux congas, Stan Laferrière aux drums et Sébastien Girardot à la contrebasse) donnaient un concert-hommage à Erroll Garner.
Et quel concert !


Deux sets pour interpréter les compositions de ce pianiste encore trop largement sous-estimé, (on oublie trop qu'il eut une immense popularité jusqu'à sa mort en 1977, que son disque « The concert by the sea » se vendit à un million d'exemplaires l'année de sa sortie, en 1958), et que l'on réduit trop souvent à un seul standard, le célèbre « Misty ».
Le projet de Pierre Christophe était bien de nous faire découvrir une partie des quelque quatre-vingts compositions majeures de Mister Garner. Tout en y apportant évidemment une touche personnelle.


Je l'ai déjà écrit ici-même voici quelques jours à l'occasion d'une interview radio, Pierre Christophe est l'un des plus fins connaisseurs et interprète de ce grand musicien et compositeur de jazz.
De par sa formation à New-York avec Jaki Byard, qui avait beaucoup de points communs avec Erroll Garner, Pierre Christophe a intégré (et de quelle façon!), toutes les subtilités du jeu « garnerien ».
Nous n'allons pas tarder à nous en apercevoir !

 

Nous allons « naviguer » tout au long de la carrière de celui qui fit un enfant-prodige du piano, à Pittsburgh, sa ville natale.

Des morceaux des années 40, avec notamment « Play piano play », où l'on s'en à la fois l'influence de Fats Waller (encore le déplacement de la main gauche en « stride »), et puis la volonté déjà de s'en affranchir pour arriver à la célèbre main gauche jouant tous les temps, à la manière des accords d'un guitariste.

Et puis des morceaux des années 60, et 70, avec notamment l'influence cubaine, comme par exemple le viscéral « Mambo night ».

Tout au long de ces deux sets, les spectateurs vont ressentir toutes les émotions que génère la musique d'Erroll Garner : la joie, le bonheur, mais aussi le rire (certains morceaux comme cette valse au deuxième temps suspendu, « Nervous Waltz » font travailler également nos zygomatiques), mais également parfois la tristesse, la nostalgie, la plénitude (Ah ! Cette balade pourtant « Dreamy »)...
Combien de compositeurs de jazz peuvent proposer et générer une aussi large palette de sentiments ?

Pierre Christophe est époustouflant de virtuosité, de technique au service des émotions, justement, avec un toucher à la fois précis, léger ou plus appuyé. Un signe qui ne trompe pas, il n'use que très peu de la pédale forte...
Ses improvisations, tout en subtilité, ravissent les spectateurs. Il ne résiste pas non plus, comme son idole, à glisser ici et là quelques citations comme ces quelques mesures de « Lullaby of birdland » ou encore de façon plus étonnante un passage très mozartien !
Je le répète, très peu de musiciens peuvent prétendre servir de cette magnifique et fascinante façon la musique d'Errol Garner.

De plus, c'est un pédagogue qui avant chaque titre nous resitue les tenants et les aboutissants de chaque composition, les influences, les adaptations (comme ce surprenant morceau arrangé par Garner que celui-ci emprunta à Anton Dvorak !)

 

Le Pierre Christophe 4tet - © Photo Y.P. -

Le Pierre Christophe 4tet - © Photo Y.P. -

Sur scène, règne la bonne humeur !

Les quatre artistes se connaissent bien, jouent ensemble depuis un certain temps déjà. La complicité saute immédiatement aux yeux.
Les plaisanteries fusent, Stan Laferrière « charrie » son pianiste qui fait les gros yeux, le conguero se retourne soudain et tape sur la cymbale ride du drummer...

La rythmique est impressionnante.
MM Laferrière, Girardot et Bataille assurent un swing épatant.
Bien entendu, nous ne sommes pas dans le domaine du bebop, où les interactions entre les instrumentistes sont plus nombreuses.

Les trois sont véritablement au service du leader pianistique.

Les deux sets se termineront par « Mood Island », aux atmosphères très éthérées (j'ai pensé par moment à Debussy...) et un arrangement par Pierre Christophe lui-même du fameux standard des standards cité un peu plus haut.

Les quatre musiciens seront très chaleureusement applaudis. Les « Bravo ! » fusent !

Quoi de plus normal !
J'aurais bien quant à moi souhaité un troisième set !
Vous ai-je assez dit que j'étais un inconditionnel d'Erroll Garner, et donc par là-même du Pierre Christophe 4tet ?

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