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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le testament de la tante Caroline

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Cinq personnages en quête d'odeur...
L'odeur de l'argent, bien entendu !


Cet argent, c'est celui de la tante Caroline, qui vient de passer l'arme à gauche. La richissime tante Caroline.


Ses héritières putatives, leurs conjoints respectifs et nous-mêmes par la même occasion allons donc assister à la lecture de ses dernières volontés. Tout n'ira pas comme le voudrait ce petit monde bien décidé à se partager « l'argent de la vieille »...


Mais quelle bonne idée d'avoir exhumé cette opérette d'Albert Roussel, sur un livret de Nino (Michel Veber), créée en 1937 !
Tout d'abord parce qu'Albert Roussel est un compositeur certes prolifique mais trop méconnu du grand public. J'en veux pour preuve cette œuvre, véritable opéra-bouffe, qui recèle des petits trésors musicaux, des airs originaux mais s'inscrivant dans une certaine « tradition française ». J'en veux pour preuve la magnifique valse qui tient lieu d'ouverture à l'acte 2.


Le livret est quant à lui d'une drôlerie éprouvée, avec des situations loufoques, voire surréalistes, mêlant calembours, à-peu-près et autres jeux de mots.
Nous allons beaucoup, mais alors beaucoup rire !


Alors oui, certes, cette opérette-là, c'est évidemment une pochade, une farce burlesque, mais c'est également une satire sociale d'une certaine bourgeoisie, avide, hautaine, méprisante vis-à-vis du vulgus pecum.


Le metteur en scène Pascal Neyron s'en est donc donné à cœur joie pour nous proposer ces quatre-vingt dix minutes enjouées, enlevées, spirituelles, parfois hilarantes.

Le ton est immédiatement donné par la scène d'enterrement de la tante Caroline.
L'orchestre des Frivolités parisiennes à effectif réduit (nous comprendrons pourquoi...) démarre sans son chef Dylan Corlay, à qui nous pourrons donner dorénavant du « Monseigneur ».
Je n'en dis pas plus ! Cette scène de « pré-ouverture » mettant en scène les musiciens eux-mêmes et les chanteurs (encore muets pour le moment) est absolument drôlissime !

Des chanteurs qui vont ensuite nous ravir.
Sur scène, une distribution d'une remarquable homogénéité va enchanter le public en général et votre serviteur en particulier.

Le metteur en scène s'est appuyé bien entendu sur les qualités lyriques des interprètes, mais également, et peut-être surtout, sur leur grande capacité à jouer la comédie et leur vis comica, leur force comique.

Tous vont participer de brillante façon à ce tourbillon, à cette folie contrôlée que ce soit dans l'appartement de feue la tantine, ou dans la clinique-maternité du Docteur Patogène. Tous ne ménageront pas leur peine, ne craignant pas de forcer très justement le trait afin de faire ressortir le côté grotesque de leur personnage.

La mezzo-soprano Marie Lenormand que j'ai toujours autant plaisir à retrouver est une nièce bigotte à souhait. Son personnage de vieille fille au rosaire et à la croix surdimensionnés est épatant de drôlerie. La chanteuse nous ravit une nouvelle fois, par son timbre chaud et rond, notamment dans son air du pêcheur breton qui a péché. Je vous laisse découvrir sans évidemment spoiler !

Marie Perbost, soprano de son état, est lumineuse en Lucine, domestique de la Tatie décédée puis infirmière. Elle est éclatante dans tous ses airs qui sont relativement nombreux.

Marion Gomar, soprano-falcon démontre qu'elle a bien du caractère, comme l'indique sa tessiture. Elle déclenche également beaucoup de rires.
Tout comme la mezzo Lucille Komitès qui elle aussi brille dans son rôle de troisième nièce.

Les garçons ne sont pas en reste.
Aurélien Gasse, baryton de son état, est hilarant en capitaine Jobard, le bien nommé.
Quel engagement, quelle force comique (ses mimiques de convoitise et de concupiscence sont merveilleuses) ! Il enchante également le public par la qualité de son interprétation lyrique.

L'autre baryton, Till Fechner, est un grand notaire Maître Corbeau. Si si...
Lui aussi est un sacré comédien. En imper, bourru, clope au coin du bec, il est irrésistible.
Et quelle tessiture ! Il descend bas. Très bas. Avec beaucoup de rondeur et de puissance.
Lui aussi nous procure de grands moments musicaux.

Le ténor Fabien Hyon est Noël, le chauffeur et.... Non, vous ne saurez pas.
Tout comme ses camarades, lui aussi est parfait dans ce rôle enjoué.
Romain Dayez, dernier baryton de la distribution, campe un toubib porté sur le golf et les femmes.
Il complète avec une vraie aisance la distribution, ainsi que Charles Mesrine dans son rôle de Ferdinand. Le ténor, lui aussi irréprochable, est parfait en mari dépassé par les événements.

« Monseigneur » Dylan Corlay, donc, tire le meilleur des Frivolités parisiennes.
Avec une grande précision, et une grande ampleur, il dirige de main de maître les musiciens qui eux aussi s'amusent et rient souvent. C'est évidemment un signe qui ne trompe pas !

C'est donc un bien délicieux moment lyrique qui nous est donné à l'Athénée.
Une soirée où règnent le talent, la fantaisie et la bonne humeur.
Le spectacle est longuement et chaleureusement applaudi, avec des bravi qui, à juste titre, fusent !

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