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HUCKLEBERRY FINN, le musical

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

On dirait le sud...
Le terrible sud esclavagiste des Etats-Unis, avant que la Guerre de Sécession engendre l'abolition de l'esclavage chez l'Oncle Sam.


C'est à cette honteuse époque de notre Humanité que Mark Twain situe son roman considéré à juste titre comme son chef-d'œuvre.


Si son autre « best-seller » Les aventures de Tom Sawyer est assimilé au roman de jeunesse, il en va tout autrement de cette histoire qui va mettre en scène et lier à jamais deux êtres humains.
Deux personnages en fuite.


Un jeune garçon orphelin de mère battu, maltraité par son père et un esclave en fuite. Un « Nèg' marron ».
L'un des 12,4 millions d'Africains qui ont été déracinés de leur continent durant les quatre siècles que dura ce commerce, chargés comme des animaux sur les navires négriers.
(J'en profite pour rappeler que sur ces 12,4 millions d'êtres humains marchandisés, 1,8 million d'hommes et de femmes trouvèrent la mort dans le « Passage du milieu », l'infernale traversée atlantique)
*


Huckleberry Finn est un roman initiatique dans lequel deux thèmes principaux vont être abordés.
D'une part, la fraternité et la solidarité humaines entre un jeune blanc et un esclave noir.
Et puis bien entendu la figure défaillante du père, associée à la recherche d'une vision positive de la paternité.


Dans cette même salle du mythique théâtre de la Huchette qui vit le triomphe de la comédie musicale « Comédiens ! », la metteure en scène Hélène Cohen et le compositeur Didier Bailly ont donc décidé d'adapter le roman de Twain. Le livret a été une nouvelle fois confié à Eric Chantelauze.


J'ai été fasciné par la capacité d'Hélène Cohen a créer beaucoup d'espace et d'espaces au pluriel, sur la petite scène de la Huchette.
Différents moyens fort judicieux, souvent poétiques, seront mis en œuvre pour ce faire. Et je vous laisse découvrir.

Nous serons sur ce radeau ballotté par les eaux souvent fourbes du Mississipi, nous nous retrouverons dans une maison presque hantée, nous pénétrerons dans un temple, dans une grande maison familiale.
Les partis pris scénographiques et dramaturgiques fonctionnent à la perfection.

De plus, nous serons confrontés à beaucoup plus de personnages que les trois seuls comédiens-chanteurs pourront en interpréter. Là encore, je n'en dirai pas plus.

C'est Alain Payen qui nous accueille, en Maître de cérémonie à la redingote pourpre un peu élimée.
Tel un bateleur de foire, il nous met dans l'ambiance de ce qui va suivre, avant que le rideau ne soit tiré et le radeau ne soit montré. Il distribue un petit objet à quelques spectateurs, dont ils devront se servir durant le spectacle.
Le comédien, truculent, est très drôle.

Et nous découvrons Huck et Jim.
En la personne de Morgane l'Hostis et Joël O'Cangha.

Ces deux-là, grâce à la partition, au livret, et surtout grâce à leur talent, ces deux-là m'ont enchanté.

Leur duo va fonctionner à merveille. Que ce soit en jouant la comédie ou en chantant, les deux artistes en solo, ou en duo, sont irréprochables.
Ils servent parfaitement les airs et les chansons du compositeur et du librettiste.

Les deux comédiens-chanteurs ont beaucoup de métier dans le domaine du Musical, c'est évident.
J'ai beaucoup aimé la chanson-titre du spectacle, interprétée par Melle L'Hostis (je défie quiconque de ne pas la fredonner en sortant du théâtre), ainsi que la magnifique ballade bluesy « Miss Lizabeth », que Joël O'Cangha interprète avec un très grand feeling. Beaucoup d'émotion se dégage alors.

L'autre tube « Miss Watson » chanté par le trio ravit également le public.

Les trois artistes seront longuement applaudis, avec de nombreux rappels.
Je vous conseille vivement de franchir les portes de la Huchette et d'aller vous replonger dans cette histoire très touchante, qu'il est bon de redécouvrir dans son entièreté, dans cette version mise en notes.
C'est un bien beau moment théâtral et musical !

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* Les chiffres que j'ai énoncés plus haut, concernant le commerce négrier, sont tirés du remarquable ouvrage de Marcus Rediker intitulé « A bord du négrier, une histoire atlantique de la traite », paru en 2017 et édité dans la collection Points-Histoire.

Une indispensable somme sur ce douloureux sujet.
 

 

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