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Mon cœur pour un sonnet

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Voici un épatant spectacle dont on ressort complètement "sonnet" !
Oui, au retour des lumières, dans cette salle du Paradis, j'étais complètement subjugué, entièrement sous le charme de ce que je venais de voir !


Ou comment assister à une heure de grâce, de délicatesse, de tendresse, de beauté et de rire, également.


De la production shakespearienne en matière de sonnets, nous en avons conservé cent-cinquante-quatre.

Aurélie Barré et Sébastien Amblard en ont sélectionné vingt-trois, qu'ils ont mis en musique et en danse.


Ces deux-là m'ont époustouflé par leur capacité à traduire de façon on ne peut plus gracieuse, intense,  et souvent drôle, et ce grâce à leur corps, toutes les émotions que le grand William nous procure dans ses poèmes.
Le corps. L'outil fondamental du danseur.


Au milieu ou parfois montés sur dix tabourets identiques, les deux artistes vont évoluer délicatement ou de façon plus intense, afin de nous faire ressentir de plusieurs façons la merveilleuse poésie de Shakespeare.


Ils semblent nous dire que certes, ces mots s'adressent à notre intellect, mais également à tous nos sens, et qu'on peut aussi aimer Shakespeare de façon organique, viscérale, avec ses tripes.

Ces sonnets nous parleront des hommes, des femmes, de la tendresse, de l'amour, de la passion.
Et du désir, également. Le désir sensuel, enflammé, le désir charnel, le désir qui rend deux êtres complètement dépendants l'un de l'autre.
Seront évoqués également la fugacité de l'instant présent, le temps qui passe, la vieillesse.

Nous verrons donc les deux danseurs interpréter à la fois les merveilleux textes, et de très belles chorégraphies à la fois délicates et complexes.

Les corps vont s'appeler, s'attirer, se caresser, s'étreindre, se repousser, se chercher, se courir après, selon les intentions de l'auteur.
Les deux ne ménagent pas leur peine. Ils finiront deux en nage.
On sent évidemment une sérieuse formation en la matière. Melle Barré et M. Amblard nous démontrent un vrai savoir-faire artistique et chorégraphique.

Elle, elle apparaîtra sur le plateau en magnifique robe noire, mantille assortie, alors que lui, en pantalon et chemise très contemporains est étendu sur le sol. Nous entendons une version pour instrument à cordes de « Greensleeves », la chanson traditionnelle britannique du XVIème siècle.

Le spectacle sera constitué de moments basés sur différentes œuvres musicales éclectiques déjà existantes, (comme par exemple « Tears » de Django Reinhardt, le célèbre troisième mouvement de la Symphonie N°3 de Brahms), ou bien des pièces composées par Anthony Rouchier, avec notamment des morceaux électroniques tirant vers des rythmes presque hip-hop ou trap. (A noter également une très jolie mélodie interprétée par un piano lointain, un peu désaccordé.)

De magnifiques moments de pure poésie textuelle et visuelle nous attendent.
Les tabourets, utilisés de façons multiples et judicieuses créent des espaces variés permettant aux corps d'évoluer.

Certaines passages nous feront rire, comme notamment cette relecture de la chanson « Histoire d'un amour » de Dalida.
Une séquence avec des voix d'enfants et une petite fille qui n'arrête pas de poser des questions ("Qu'est-ce que ça veut dire... ?") est également très amusante.

Je vous conseille plus que vivement ce spectacle inspiré, original et très réussi.
Cette heure délicieuse passe beaucoup trop vite.
Ce moment de théâtre est un hymne au bonheur !

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