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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Juliette et les années 70

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Ca, c'est du vécu !
Même que plus de vécu, ça ferait trop !


Immédiatement, dès le noir tombé sur la salle Roland-Topor, le ton est donné : Saint-Preux et son éthéré « Concerto pour une voix » s'échappent des enceintes, alors qu'une silhouette noire, sous un parapluie de la même couleur, longe la scène : années 70, nous voici !


Lors d'un précédent spectacle autobiographique, La Mate, nous avions laissé l'épatante Flore Lefebvre des Noëttes nous dépeindre sa famille et son enfance.
Ici, nous allons la retrouver, Juliette qu'elle est, nous racontant son adolescence.


La comédienne est une conteuse née.
De façon burlesque, clownesque, ou bien sérieuse, tragique, bouleversante parfois, elle va nous replonger dans ces années de liberté, d'insouciance, de révolte, ces années des premiers flirts, des premières amours.


Ces années d'apprentissage, également.
Nous allons faire la connaissance des profs de collège et de lycée de Juliette-Flore.
C'est l'occasion de découvrir une galerie d'incroyables personnages, plus vrais que nature, Melle Graton, M. Varan, Melle Rose Fétide, M. Robinet, le père Raimbault...


C'est bien simple, on croirait les avoir devant nous, ces fils et filles de Jules Ferry, tous plus névrosés les uns que les autres...
La démarche, les tics, les mimiques, les voix, tout y est...
Et les tubes musicaux de l'époque se rappellent à notre bon souvenir : les
Beatles, Pop-Corn, Moustaki.


Puis, nous allons nous diriger du côté de Saint-Michel-Chef-Chef, le pays des galettes du même nom, pour les vacances de la jeune Juliette du côté du Bois Loÿs.
Je pense que Mme Irène Geoffroy, Maire actuelle de cette station balnéaire de Loire-Atlantique (44730) ferait bien de faire Melle Lefebvre des Noëttes citoyenne d'honneur de sa commune !

Nous retrouvons également la Mate (la Mater, la mère), et le Pate (le Pater, médecin militaire, Lieutenant-Colonel présentant des troubles de la personnalité...)
Une famille mi aristo-catho, mi anarcho-artiste... Un cocktail très détonnant ! Et l'épithète est bien faible...
Avec en fond sonore les Pink-Floyd, Deep-Purple, les Sex-Pistols...


Puis, ce seront les années d'apprentissage du théâtre.
Je vous conseille une remarquable imitation de Daniel Mesguich. C'est frappant de vérité !
La comédienne change de costume à chaque époque. Je vous laisse découvrir. Ces costumes participent pleinement à la drôlerie du spectacle.
Ce sera le Velvet Underground sur un petit électrophone, encore Pink Floyd. Sans oublier Janis Joplin et son merveilleux « Cry Baby ».

Suivront le Comptoir oriental de la Mate, ce grand magasin que la mère de Juliette ouvrira à Nantes, et les crises de plus en plus rapprochées du Pate.
Nino Ferrer vend ses robes, la comédienne scande le poète roumain Ghérasim Luca.

Tout une époque, vous dis-je...

La dernière partie sera bouleversante. J'avais les larmes aux yeux.
La comédienne change totalement de registre.
Parce que la camarde fait son œuvre. Et non, je n'en dirai pas plus.

Nous entendons au loin Georges Moustaki et sa sublime chanson « Il est trop tard ».
Oui, il est trop tard. Trop tard pour dire ce qu'on n'a pas dit, trop tard pour faire ce qu'on n'a pas fait. Seules restent un peu nostalgiques les diapositives projetées sur un écran-trépied. A l'ancienne...

Flore Lefebvre des Noëttes, que j'avais adorée dans Les Mystiques, d'Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, ou bien dans l'extraordinaire version du Songe d'une nuit d'été, mise en scène par Lisa Wurmser, Flore Lefebvre des Noëttes nous invite à remonter le temps.

Avec beaucoup d'humour, certes, mais également beaucoup de tendresse, de délicatesse.
Elle sait nous raconter une époque, elle sait nous peindre ce un moment particulier de vie, son adolescence. Le tout sans s'apitoyer ou sans verser dans le triste registre « c'était mieux avant ».
Je me suis retrouvé dans ce qu'elle nous disait, j'ai beaucoup ri, j'ai vibré, j'ai été très touché.


En même temps, dans la salle, des jeunes spectateurs découvraient ces années-là. « Ca devait être bien !», ai-je entendu de la bouche d'une toute jeune femme, en sortant du Rond-Point...

Je vous conseille vivement ce spectacle passionnant, à la fois très drôle et très émouvant.
C'est un très beau moment de théâtre.

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