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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

[REPRISE] La chute

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Ivan Morane reprend à partir du 7 mai, au théâtre des Mathurins, La chute, d'Albert Camus.
Découvrez ou re-découvrez cette leçon de théâtre !
Voici ce que j'écrivais en septembre 2017.
Et puis, en fin de papier, l'Interview radio qu'Ivan Morane et Bénédicte Nécaille m'avaient accordée au sortir de la représentation.

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Une leçon de théâtre !
Ivan Morane nous offre une véritable leçon !


Le comédien a pris à bras le corps ce court roman d'Albert Camus publié en 1956.
Je devrais d'ailleurs écrire « a repris » à bras le corps, car c'est en effet un spectacle qui a été créé en 2014.


Ici, il incarne Jean-Baptiste, un ancien avocat parisien, devenu selon ses dires « juge-pénitent » dans un bar d'Amsterdam.
Cet homme va se raconter, dans une sorte de troublante confession-monologue.
Nous allons vite découvrir ses tourments, la culpabilité et la lâcheté qui le hantent.


Naguère, il a assisté à la chute d'une jeune femme dans la Seine, à Paris.
Il n'a rien fait, il n'a pas bougé, il n'a rien tenté, puis il a passé son chemin.


Certes, nous l'entendons en confession, donc, mais nous écoutons surtout un grand cri.
Clamence, celui qui hurle. Jean-Baptiste, celui qui prêche.
Ce cri, nous le recevons comme un véritable coup de poing. Il devient très vite le nôtre.
Chacun d'entre nous va en effet être confronté à sa propre culpabilité, à ses lâchetés personnelles.
Sommes-nous tous coupables ?

Une question d'une actualité permanente.


A combien ne chutes ne prêtons-nous pas attention, combien de fois passons-nous notre chemin, combien de fois ne tentons-nous rien ?


Ici, Ivan Morane n'incarne pas Jean-Baptiste Clamence. C'est beaucoup plus que cela.
Il EST ce personnage.
Manteau et costume noirs, chemise blanche, il commence immédiatement à raconter.


Ce faisant, il nous piège.
De sa voix claire, de sa diction parfaite et dans un débit assez lent, nous faisant ainsi déguster les mots de l'auteur, il nous attrape et ne va plus nous lâcher.
Il est véritablement fascinant.


Dans sa bouche l'admirable langue de Camus est sublimée.
Il nous en fait savourer les mots, il nous restitue la musicalité de cette langue qui se prête admirablement à l'oralisation.
Il occupe tout le plateau, bien que n'ayant à sa disposition qu'un seul accessoire (hormis une bouteille en grès de genièvre), un fauteuil qui lui permet de s'allonger.
La confession deviendrait-elle psychanalytique ?


Bénédicte Nécaille a entrepris d'épurer en quelque sorte la première version de cette Chute.
Elle a demandé au comédien de laisser au spectateur davantage de responsabilité.
A nous de faire le job, de saisir les tourments intérieurs du personnage.


Tout comme Miles Davis voulait enlever le plus possible de notes, Ivan Morane « réduit son jeu » pour mieux nous captiver et nous rendre davantage partie prenante de ce qui se déroule devant nous.
 

Au final, je défie quiconque de ne pas être interpellé par ce qui se passe sur le plateau du Paradis, la salle du dernière étage au Lucernaire.
Impossible de ne pas être concerné, impossible de ne pas se sentir happé par la proposition.
Impossible de ne pas réaliser un transfert et de se mettre dans la peau de Jean-Baptiste Clamence.
On l'aura compris, la catharsis opère pleinement.


Dans le texte, Camus fait dire à son personnage :« Peut-être n'aimons-nous pas assez la vie... ».
Comment ne pas l'aimer, cette vie, au sortir d'un tel spectacle !


Une leçon, vous dis-je !

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