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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Petite balade aux enfers

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« Le Royaume des morts, c'est pas bon pour le teint ! Et qu'est-ce qu'on y mange mal ! »

C'est la cri du cœur que va pousser l'Eurydice de Christophe Willibald Gluck et Valérie Lesort !


Une nouvelle fois, j'ai assisté à un moment de grâce à l'Opéra-Comique. Ca devient une habitude !


Valérie Lesort, donc, a eu l'excellente idée d'adapter l'œuvre de Gluck pour... marionnettes.
Oui oui, des marionnettes !
Et ce, dans le cadre de la deuxième édition de l'opération « Mon premier festival d'Opéra ».


Valérie Lesort, on la connaît bien, ici.
Elle avait la saison passée co-mis en scène le merveilleux « Domino noir » qui reste pour moi l'un des plus beaux spectacles de ces dernières années, toutes catégories confondues.


La metteure-en-scène est plasticienne d'origine et conçoit ces êtres de latex qui semblent avoir une âme, une fois animées par les manipulateurs.


Bon. L'histoire, cette petite balade-là, on la connaît.
Le pauvre Orphée a perdu son Eurydice. Il descend séance tenante aux Enfers, dans l'espoir de sortir sa chérie des ténèbres, de la ramener à la vie, à la seule condition de ne pas se retourner. Et il advient ce qu'il advient.


C'est un castelet « à l'ancienne », qui nous attend sur le plateau de la Salle Favart. Avec des toiles peintes pour décor, et au passage, l'exacte reproduction du cadre de scène de la salle.


La lumière baisse. La pianiste-Directrice musicale Marine Thoreau La Salle entame l'ouverture.
Et c'est un certain Zeus, tignasse blanche, toge assortie, qui péniblement (crise de goutte, rhumatismes ?...) se hisse sur la petite scène.


Et voici qu'à travers la marionnette monte la voix reconnaissable entre toutes de Christian Hecq, le Sociétaire de la Comédie française.
Le comédien manipule également le Maître de l'Olympe, invisible qu'il est pour le public.
Il a en effet été embauché, avec Sami Adjalli et Florimond Plantier pour donner vie au latex et autres matériaux d'habitude inanimés.


A son habitude, Christian Hecq est hilarant. Avec un ton qui n'appartient qu'à lui, il nous plante le décor, et le cadre de l'histoire.
Valérie Lesort a en effet écrit des intermèdes de texte très drôles, qui permettent de faire avancer l'action.


Et nous allons découvrir les trois personnages principaux, trois « marionnettes-hybrides », le corps de latex, et la tête de trois chanteuses lyriques, Marie Lenormand, Judith Fa et Marie-Victoire Colin.
Ces trois interprètes lyriques nous ravissent. Elles chantent, jouent la comédie de bien belle façon. Elles ont davantage de mérite que d'habitude, car elles doivent être penchées pour que leur tête puisse reposer sur le corps de latex.


On sent bien qu'elles s'amusent beaucoup, et qu'elles prennent énormément de plaisir à cet exercice inaccoutumé.
Elles sont rejointes à certains moments par l'excellent chœur de la Maîtrise populaire de l'Opéra-Comique.


Et nous de suivre les mésaventures du célèbre couple mythologique, au milieu de ces créatures infernales drôlissimes.

Elles nous font bien rire, ces étranges bestioles, mais deux vont nous émouvoir, et pas qu'un peu.
Dans une scène d'une vraie beauté formelle, une scène muette d'une grande intensité, figurez-vous que deux de ces créatures... Et oh ! Je ne vais quand même pas tout vous révéler !

Dans la salle , on entendait les mouches voler !

Une nouvelle fois, Valérie Lesort nous propose un spectacle d'une rare intelligence, d'une grande finesse. Un moment fait de talent, d'humour, d'émotion, de poésie.
La grâce, vous dis-je !

C'est évidemment l'un de ces spectacles qu'il serait dommage de laisser aux seules jeunes têtes plus ou moins blondes.

© Photo Opéra-Comique

© Photo Opéra-Comique

© Photo Opéra-Comique

© Photo Opéra-Comique

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