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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Qui va garder les enfants ?

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Printemps 2011. On connaît désormais les six candidats à la prochaine primaire du PS pour l'investiture suprême. Quatre hommes, deux femmes.
Dont Ségolène Royale, qui se présente contre son compagnon d'alors François Hollande.


En constatant cet état de fait, Laurent Fabius croira fier et spirituel de lancer : « Mais qui va garder les enfants ? »
En six mots, tout est dit. Voici la vision que l'Homme politique dans sa grande majorité porte sur les femmes désireuses elles-aussi de peser sur la chose publique.


Ce sera le titre de ce spectacle de Nicolas Bonneau. Un titre emblème, un titre étendard !
Ce sera donc une pièce qui va constater et raconter le fait que réussir puis exister en politique est beaucoup plus difficile et compliqué pour une femme.


Une pièce qui va relater les discriminations, les remarques, les injures sexistes en la matière, y compris dans les plus hautes sphères de la vie politique française.


Pour bien poser la problématique, l'auteur-comédien apparaîtra sur le plateau vêtu d'une veste en cuir, un micro hf à la main, en parfait beauf misogyne au possible. J'ai pensé au Timsit de la grande époque...
Il nous lance à la figure un ramassis de lieux communs on ne peut plus sexistes. Le décor sociétal est brossé.


Alors oui, Nicolas Bonneau est un homme. Ne pourrait-on pas lui reprocher de parler pour et à la place des femmes ?
Fidèle à la démarche qui l'anime en matière de création dramaturgique, il est allé sur le terrain pendant deux années rencontrer des femmes politiques pour s'imprégner de leur quotidien, et pour rapporter leur témoignage, leur vécu en la matière.
Il va nous restituer une série de portraits réalistes, souvent émouvants, mais aussi sans concession aucune.


L'homme que se tient devant nous est un comédien, certes, mais c'est également un conteur.
Il va nous raconter bien des combats, dont celui de Ségolène Royal, justement, en changeant d'escarpin à talons.
Il nous dit la visite que lui fit Michel Rocard pour la dissuader de se porter candidate à l'investiture suprême.

Derrière le comédien, se trouve une sorte de sculpture, un totem constitué d'un escalier en colimaçon sur lequel sont empilées diverses chaises.
Au sol, d'autres sièges, symbole de la fonction politique, bougeront sinon comme par enchantement, tout au moins au moyen de câbles. C'est très réussi.

C'est au pied de ce totem qu'il incarnera Simone Veil, le profil éclairé latéralement. Il évoquera les souvenirs de la grande Dame en matière de combat à la fois politique et féministe.

Nicolas Bonneau n'est pas un utopiste ni un idéaliste déconnecté de la réalité.
Il va nous rappeler que certaines femmes sont aussi calculatrices, manipulatrices, va-t-en-guerre que leurs homologues masculins.
N'est-ce pas Angela, Maggie ou encore Marine ?

Le message de fin du spectacle sera à ce sujet sans équivoque : si les femmes politiques ne sont pas meilleures que les hommes, elles ne peuvent pas être pires.


Oui, le théâtre sert aussi à rendre compte d'une réalité sociétale. Ici, en sortant du théâtre de Belleville, personne ne peut plus ignorer l'encore triste situation des femmes en politique, justement parce qu'elles sont des femmes.
M. Bonneau, votre démonstration, tant sur le fond que sur la forme est lumineuse !

Ah ! J'allais oublier...
Malgré une annonce en mars 2018, l'Assemblée Nationale française ne dispose toujours pas d'une crèche pour les représentants du peuple et ses fonctionnaires.

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