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Comme en 14

© Photo Y.P. -

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« Moi, mon colon, celle que j'préfère, c'est la guerre de 14/18 ! » chantait au second degré Georges Brassens...


Nous y sommes. En plein.
1917. La Meuse. Près de Douaumont, ou ce qu'il en reste. Tout près du front.


Nous sommes dans un hôpital de campagne, juste derrière les lignes de combat.
Ce sont les femmes qui font tourner la machine. Les hommes, eux, sont dans les lits. Des gueules cassées.


Cet hôpital est dirigé par une maîtresse femme, l'infirmière-chef Marguerite au franc-parler. Un cœur d'or sous une dure carapace.
Elle a sous ses ordres Suzie, une espiègle et enjouée jeune femme qui cache un secret. Sous ses airs de midinette, une militante se dissimule.


Il y a également une toute jeune fille de bonne famille, que la mère veut occuper à soigner les blessés.


La comtesse locale, récente veuve de guerre, les rejoindra. Son fils aîné doit être amputé dans les jours à venir. Elle n'est pas seule, Pierre, sont fils cadet, aux traits autistiques marqués l'accompagne.


Dany Laurent, l'auteur de la pièce, nous raconte la Vie. Dans tout ce qu'elle peut avoir de dramatique, de drôle, de pathétique, d'admirable...

La vie de ces femmes héroïnes anonymes, avec des hauts, des bas, avec chacune un vécu qu'elles vont confronter.
A côtoyer la mort, il faut profiter de chaque instant.


L'auteur, d'une écriture vive, alerte, brosse les symétries de ces existences et de ce difficile quotidien : hommes/femmes, valides/blessés, vie/mort, symétrie des différentes classes sociales...
Des bons mots, de vraies formules émaillent le texte, qui font mouche et déclenchent l'hilarité du public : « On dira ce qu'on voudra, mais le pâté de foie du Périgord, quand il vient du Périgord, il est quand même meilleur ! ».


Et puis surtout, un quintet d'excellents comédiens ravissent les spectateurs, très efficacement dirigés qu'ils sont par Yves Pignot. (Une mise en scène qui va à l'essentiel, sans affèterie ni chichis ou gadgets inutiles, qui donne une vraie cohérence à cette pièce sur une guerre française... Certaines jeunes metteures-en-scène pourraient en prendre de la graine...)


Marie Vincent est tout simplement parfaite de gouaille, de drôlerie, de férocité feinte. Son personnage d'infirmière-chef peut passer en un instant du rire aux larmes.
Une sacrée interprétation d'un magnifique rôle !


Virginie Lemoine, avec la vis comica qu'on lui connaît, campe cette aristocrate meurtrie, portée sur les alcools forts. Toute en retenue, elle aussi déclenche les rires. Elle a néanmoins une scène d'une très grande intensité, glaçante. Et je n'en dirai pas plus. Là aussi, du très beau travail.


Ariane Brousse m'a enchanté !
Elle incarne à elle toute seule un hymne à la vie, en jeune femme qui lutte à sa façon contre le bellicisme ambiant.
La comédienne confère à son personnage un féroce appétit de vivre, une vraie volonté de profiter de chaque moment. Elle m'a beaucoup impressionné.


Katia Miran et Axel Huet sont quant à eux « les petits jeunes » de la pièce, elle très juste en jeune fille confrontée à l'horreur de la guerre, lui en jeune handicapé. (Je vous conseille de regarder ses mains.)
 

Je n'aurai garde d'oublier de mentionner le magnifique décor de Jacques Voizot, avec un formidable souci du détail... (Ne manquez pas de jeter un coup d'oeil à la petite lucarne du poêle Godin).


François Peyrony signe à son habitude une bien belle musique, avec notamment une jolie goualante à l'accordéon, en mode mineur...

C'est donc un très beau moment de théâtre qui nous est proposé au La Bruyère.
Je vous conseille d'aller découvrir l'existence et le quotidien de ces femmes de l'arrière.

Cette pièce est un hymne à la vie.

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