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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Les Mystiques, ou comment j'ai perdu mon ordinateur entre Niort et Poitiers

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Tout va très mal commencer ! Et ce, entre Niort et Poitiers !
« Lui » nous apprend qu'il vaut mieux ne pas s'endormir dans les trains de la SNCF entre la préfecture des Deux-Sèvres et celle de la Vienne.


Non seulement on ne profite pas des paysages qui défilent plus ou moins rapidement, mais on y perd également son ordinateur qui contient une année de travaux de recherches consacrées au Mysticisme.


« Lui » va nous raconter cette année-là, consacrée à cette quête des Mystiques, par le biais notamment de retrouvailles avec une demi-soeur religieuse passionnée par Catherine de Sienne.


Le sujet est ardu, cette année verra se dérouler bien des péripéties.


Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, dont j'avais adoré une précédente pièce, « Les deux frères et les lions », a emprunté cette fois-ci un tout autre chemin dramaturgique.


Il nous propose ici une sorte de road-trip initiatique, une quête du mysticisme, dans laquelle le héros va rencontrer une foultitude de personnages plus allumés les uns que les autres : un ophtalmo italien, le fantôme de son père, son oncle en K-Way, un jeune bûcheron, un chanoine, une scénariste, un éditeur, j'en passe et non des moindres.


Monsieur Hédi connaît son sujet. « Lui » va traverser les trois grands moments du cheminement mystique : la révélation, le dépouillement et l'élévation.


Mais au delà de ce « projet » mystique, va se jouer une tout autre problématique, on ne peut plus intéressante et actuelle.


Le mot « projet », vocable archétypal de cette immonde novlangue actuelle et administrative, (nous avons désormais des projets d'école pour les élèves, des projets de détention pour les prisonniers, des projets de réinsertion, pour citer le sociologue-humoriste Franck Lepage), le mot « projet » peut être contrecarré par un autre substantif : « l'échec » !


C'est ce qui va nous être démontré de façon subtile et imparable.

Oui, on peut et on doit accepter l'échec, dans cette société basée sur la réussite, la performance, les compétences...
L'échec n'est pas une fin en soi, mais il devrait être considéré comme un commencement, un nouveau départ.
Oui, ratons nos projets ! Et repartons de plus belle : l'erreur et l'échec seront formateurs !

 

Six comédiens vont nous exposer tout ceci de bien belle et bien convaincante manière.
A part Mathieu Genet qui interprète un « Lui » parfois dépassé par les événements, ballotté comme un fétu de paille dans sa recherche spirituelle, tous les autres jouent plusieurs rôles.


De grands moments de comédie vont nous être offerts.
Bruno Gouery est hilarant en ophtalmologiste siennois complètement allumé. Qu'est-ce qu'il m'a fait rire...
Makita Samba lui aussi est irrésistible. Son personnage de bûcheron est épatant.


Lisa Pajon, Flore Lefebvre des Noëttes et Mireille Herbstmeyer ont elles aussi des moments drôlissimes.


Il faut mentionner la très belle scénographie d'Alexandre de Dardel, basée sur un fond de plateau fait de grands pans vitrés, dont les stores servent d'écran pour des projections vidéo.

 

J'ai assisté à un théâtre très intéressant.
Un théâtre qui interpelle, un théâtre percutant, qui peut parfois dérouter. (Mais qu'est-ce que c'est bon d'être dérouté et d'éviter ainsi des chemins tout tracés...)


Un théâtre qui permet de s'interroger sur notre société de la performance dans laquelle nous vivons, la société du projet permanent.


Connaissons-nous donc nous-mêmes, et acceptons l'échec.
Ceci dit, ce spectacle est une belle réussite !

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