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L'éternel premier

(c) Photo Y.P. -

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Pas de régime sans selle à La Pépinière Théâtre, où est repris ce spectacle tiré du récit de Paul Fournel intitulé « Anquetil tout seul ».


Jacques Anquetil !
Un héros du vélo, un forçat de la route, le vainqueur d'innombrables courses.
Mais également un homme sujet à la controverse, un homme fait de multiples paradoxes, un homme finalement assez mystérieux.


C'est son dos qui nous accueille sur scène, par le biais d'une projection vidéo d'images d'archives sur un rideau de tulle, le montrant en train de pédaler. Avec le terrible dossard n°1 !
Difficile d'être l'éternel premier, alors que le sempiternel deuxième, un certain Raymond Poulidor attire la sympathie du public.
Anquetil, lui, n'a pas le charisme, le franc-parler ni le sourire de Poupou. Lui, il gagne, et avoue publiquement vouloir gagner pour l'argent.

Lui, il est du genre à dépareiller de ses camarades de route.

Lui, a un régime alimentaire atypique (huîtres avant le départ d'une étape...), lui fume, lui boit...
Maître Jacques reconnaît également le fait de se doper, de prendre des amphétamines : « Il suffit de regarder mes fesses, ce sont de véritables écumoires », confessera-t-il, luttant contre l'hypocrisie ambiante.


Ce spectacle est donc une sorte de biopic consacré à ce champion extra-ordinaire au sens vraiment littéral du terme.


Pour autant, ce n'est pas lui qui arrive sur la scène en premier.
Côté cour, c'est un petit garçon, interprété par Stéphane Olivié Bisson, qui va nous dire son admiration et sa fascination pour le premier homme à gagner cinq fois le tour de France. Nous le retrouverons d'ailleurs à la toute fin du spectacle. La « grande » boucle sera bouclée.

C'est Matila Malliarakis qui interprète Anquetil.
Logiquement, Roland Guenoun l'a installé sur une bicyclette. Jaune, la bicyclette . Forcément.
Bien entendu, le vélo sera fixé sur un support d'entraînement, ce qui va permettre au comédien de pédaler.
Oui, tout en jouant la comédie, tout en parlant et parfois en criant, il va « rouler sur place », ce qui constitue une vraie performance physique. 


Matila Malliarakis dira les mots d'Anquetil, endossant le rôle du grand sportif, jouant à merveille son côté provocateur.
Mais ce qui m'a sidéré, c'est la capacité du comédien à montrer la douleur et en même temps la véritable addiction et le réel amour qu'Anquetil éprouvait pour son sport.
Sur son visage, j'ai eu l'impression que les traits de l'acteur se creusaient de plus en plus au fur et à mesure que le spectacle se déroulait. Comme il nous la fait sentir cette douleur physique, ce calvaire librement consenti qui consiste à passer des journées entières à pédaler sans relâche et à toute allure sur une bicyclette !
Il incarnera à merveille la fin de carrière du sportif. Matila Malliarakis sera très émouvant. Ses mots concernant la morale bourgeoise de ceux qui le conspuent, qui ne le comprennent pas, ses mots feront mouche.

A ses côtés, Stéphane Olivié Bisson incarnera une foultitude de personnages, avec pour chacun une voix ou un accent différents : des coureurs, des manageurs, des journalistes, etc, etc...
Avec juste un changement de casquette, ou de guidon, il passe d'un maillot à l'autre.
C'est une bien belle trouvaille qu'a eu Roland Guenoun de lui confier tous ces rôles. Le comédien rend ce parti-pris tout à fait crédible. Il est épatant dans ces multiples interprétations.

 


Et puis, Clémentine Lebocey incarne Jeanine Boeda dite « Nanou », l'épouse en secondes noces d'Anquetil.
La comédienne est parfaite dans ce rôle non seulement d'épouse, mais aussi d'inspiratrice, d'agent, de consolatrice ou de confidente.
Melle Lebocey jouera également deux autres rôles que je détaillerai pas : en effet, j'ignorais complètement l'histoire de ces deux autres personnages féminins-là, et je voudrais vous laisser éprouver la stupéfaction qui fut la mienne en apprenant ce qui est arrivé. C'est une histoire digne d'une tragédie grecque antique.

Ce spectacle est donc comme une course de vélo : physique, sans concessions, émouvant, fait de multiples étapes, de multiples rebondissements.
L'histoire d'un homme qui fut toute sa vie « contre les autres, et peut-être contre lui-même », pour reprendre la formulation de Paul Fournel.
Un spectacle qu'il faut aller découvrir et apprécier, si tout comme moi, vous en aviez raté la création la saison passée.

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