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Ivanov

(c) Photo Y.P. -

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A l'est, rien de nouveau ? Pas si sûr !


Bon, Nikolaï Alexëiévitch Ivanov est toujours aussi dépressif, Anna Petrovna toujours phtisique au plus haut point, Sacha est toujours aussi jolie et aussi bien dotée, Pavel Kirikkytch Lébédev est toujours un sympathique alcoolo...


On entend encore la chouette tous les soirs, on discute toujours des avantages comparés des zakouskis aux harengs ou aux cornichons.


La petite société que décrit Tchekhov sans la juger est toujours aussi antisémite.
Et puis, on nous dit encore une fois qu'« à force d'aller mal, on finira bien par aller bien... »


Rien de nouveau ? Oh que si !


Cette nouveauté-là, elle émane de la mise en scène de Christian Benedetti, qui, poursuivant son travail sur l'intégrale de cet auteur qu'il affectionne, rajeunit, modernise, dynamite pour nos plus grands plaisir et bonheur le texte de Tchekhov tout en en gardant l'esprit et la lettre.
 

Il a choisi de monter la première version d'Ivanov, celle de 1887. Le grand Anton, tout jeune médecin, n'a que vingt-sept ans.
Il écrit une comédie !


Pour lui, malgré la fin tragique qui arrive très subitement, il écrit bel et bien une comédie, une pièce faite pour rire.
Et pour rire, nous allons rire !


Tout d'abord, grâce à une succulente traduction rentre-dedans, avec un registre de langue très contemporain, avec des expressions d'aujourd'hui parfois très crues.


Rire également avec un parti-pris judicieux de M. Benedetti, qui fait parler les comédiens à l'allure de la mieux graissée des kalachnikovs, et qui soudain met tout en pause.
Un peu comme lorsqu'on appuie sur la barre d'espacement de son ordinateur, pour arrêter sa série Netflix préférée, afin de mieux savourer les expressions des visages de comédiens, ou d'insister sur tel ou tel détail.
Le procédé fonctionne parfaitement.


Autre vecteur du rire, ce sont évidemment les comédiens, qui sur le plateau s'en donnent à cœur joie, à commencer par le patron lui-même.
En Borkine à la perruque ridicule, soiffard, fêtard, vantard, il m'a fait penser à certaines compositions de l'immense Depardieu au mieux de sa forme.
La chapka aux grandes oreilles sur la tête, une winchester à la main, son entrée est hilarante, tout comme ses dernières scènes en smoking.

Philippe Crubézy est un truculent Lébédev, aviné et lucide en même temps, tétanisé par sa « Zézette » de femme. Le comédien m'a une nouvelle fois impressionné par son charisme et son métier.

Lise Quet est impayable de drôlerie en Marfa Babakina, quant à Martine Vandeville, la comédienne déclenche les rires à chaque apparition.

A noter un épatant runing-gag sonore concernant la servante à l'office... (Je n'en dis pas plus...)

Ivanov, c'est Vincent Ozanon, qui lui, joue très sobrement, « très sérieux », parfois même de façon glaciale. De la sorte, il permet un beau contraste avec les autres personnages parfois très rabelaisiens.

Anna Petrovna est interprétée de la même façon par Laure Wolf, qui confère à son personnage une belle intensité, avec une oxyxmoresque force fragile.

On l'aura compris, sur la scène, ça déménage, ça bouge, ça pulse, ça vibre, c'est la vie qui se déroule devant nos yeux, implacablement, avec toutes les avanies de l'existence et les plaies de l'âme associées, et comme souvent un humour féroce et presque pathétique caractérisant notre pauvre condition de mortels.

Cet Ivanov, à la fois dépouillé et luxuriant, est un spectacle incontournable de ce mois de novembre.

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