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Il y aura la jeunesse d'aimer

(c) Photo Y.P. -

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La délicatesse. L'émotion. La grâce.
Voici de quoi était faite cette inoubliable soirée au Lucernaire !


Deux pupitres. Deux chaises hautes. Deux micros.
Les fils d'Ariane et de Didier.
Deux fils qui vont relier Ariane Ascaride et Didier Bezace aux spectateurs fascinés, subjugués par ce qu'ils vont recevoir de la part de ces deux immenses comédiens.
Deux fils qui vont porter et magnifier les mots d'Elsa Triolet et Elsa Aragon.


Les deux acteurs nous embarquent dans un voyage amoureux, une lecture-spectacle avec des textes connus ou moins connus des deux écrivains.
Deux fois deux.

Pour nous parler d'amour, du couple, et pas n'importe lequel...


Cette installation, chaises-pupitres-micros, m'a évoqué ces émissions naguère enregistrées à Radio France en général, à France Culture en particulier, des diffusions de pièces, de nouvelles que j'écoutais, les oreilles collées au poste. Des lectures qui subliment les mots, les textes, les paroles.
Ici, j'ai retrouvé cette dimension radiophonique à laquelle m'a fait penser la mise en scène de Didier Bezace.


Oui, un microphone permet bien des choses. Sans cet outil, même le plus talentueux des comédiens ne pourrait envisager parler d'une voix au volume imperceptible, ou s'exprimer avec une dose de réverbération.


C'est d'ailleurs par des chuchotements amplifiés que va débuter le spectacle.
Grâce à une somptueuse prise de son, nous allons entendre ces mots doucement prononcés, ces délicates syllabes chuchotées, ces tendres sonorités de la belle langue des deux auteurs.
Dans un silence sépulcral, Melle Ascaride et M. Bezace commencent à nous dire ces mots connus ou moins connus.


A l'image des chuchotements, les deux comédiens débutent dans une douce pénombre.
Léo Thévenon, le concepteur lumière, a eu l'excellente idée d'éclairer les comédiens en contre. Ce sont les feuilles blanches posées sur les pupitres qui vont réfléchir la lumière sur les visages. L'effet est très beau.


Ce que les deux vont nous offrir est fascinant !
Il s'agit beaucoup plus que d'une simple lecture. J'ai été impressionné, bouleversé par la manière dont les deux interprètent ces textes. Les voix, bien entendu, mais également les visages !
Assis qu'ils sont, grâce à leurs expressions, leurs mouvements de tête, leurs regards l'un vers l'autre, leurs coups d'oeil, nous avons devant nous les personnages qui se mettent à vivre.
J'ai écouté, émerveillé, mais je les ai vus également, les Bénédicte, Aurélien, Robert, Pauline, Elsa, Louis et consorts...


Avec une délicatesse infinie, les œuvres choisies sont mises en valeur dans un bel écrin d'interprétation.
Le choix des textes fait alterner poésie, engagement, militantisme. Et humour, aussi.
A cet égard, Didier Bezace joue notamment un policier aux bruits de bouche intempestif, son adjoint au zézaiement prononcé, venus perquisitionner pendant la guerre le pauvre Robert, dont je vous laisse découvrir le nom de famille.
(L'imparfait du subjonctif « dusse » est hilarant ! )
Ariane Ascaride est quant à elle drôlissime en Pauline, l'épouse du sus-nommé, un fichu sur la tête, à la voix et à la truculence d'Arletty.


Nous serons également bouleversés par des textes poétiques plus connus. Comment rester de marbre lorsque Melle Ascaride nous rappelle d'une façon bouleversante que l'avenir de l'homme, c'est la femme.

Il faut noter qu'après les applaudissements nourris, les multiples bravi, nous avons eu droit à un rappel.
Les deux complices ont dédié un émouvant poème, « Les yeux et la mémoire » à Jack Ralite, ancien ministre et auteur notamment de l'ouvrage « Aragon d'hier à aujourd'hui »

Il faut absolument venir au Lucernaire afin de découvrir cette heure et demie de pure poésie et d'intense émotion.
La grâce !

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