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Ex Anima

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

C'est une nouvelle fois le bourru Baron, qui, juché sur sa chaire, tournant la manivelle de son orgue de barbarie, nous accueille à l'entrée du cabaret équestre.


C'est lui qui nous intime l'ordre d'aller nous asseoir autour de la piste de sable noir, derrière le cercle des petites bougies.


L'obscurité puis le noir total envahissent le chapiteau de bois.
Un long moment d'attente et d'expectative. Qu'allons-nous découvrir une fois la lumière revenue ?

 

Ce que nous allons voir va relever d'une incroyable et fulgurante beauté, à couper le souffle.
Dans le silence le plus total, onze chevaux ont investi les lieux.
Dans une lueur blafarde, dans un tapis de fumée lourde, ces onze seigneurs, ce sont peut-être les onze premiers animaux de la création.


C'est une allégorie qui nous est proposée : c'est une aube originelle à laquelle nous assistons, dans les brumes fumantes post big-bang.
Les onze magnifiques bêtes bougent doucement, quelques uns se roulent par terre, à tour de rôle.

Tous, nous avons le souffle coupé par ce premier tableau !


Ce qui frappe également chaque spectateur, c'est le fait que ces chevaux sont seuls sur la piste. L'Homme n'a pas le droit de perturber une telle scène.
Pas de cavaliers. Pas de dresseurs. Pas d'écuyers.


Ce sera le principal parti-pris de Bartabas, qui dans cette ultime (?) monstration, a voulu rendre vraiment hommage au Cheval. Il nous dit avoir voulu prendre un risque, celui de « laisser la parole aux chevaux ».


Pour autant, les dresseurs seront néanmoins présents dans ce qui va suivre, tels des ombres noires, tels ces acteurs du Bunraku, ce théâtre japonais du XVIIème siècle.


Au moyen de sifflets, d'appeaux, ce sont néanmoins des hommes et des femmes qui posent le cadre de cette douzaine de tableaux équestres.


Des tableaux organisés sur le thème du souffle.

Le souffle des chevaux, mais aussi le souffle de la vie, le souffle qui s'échappe de l'âme, le souffle des instruments japonais, également.
Je me suis délecté de ces longues expressions des petites flûtes et de la longue mélopée du shakuachi plaintif, accompagnant les beaux équidés.


Cette fois-ci, nous ne sommes plus dans la démarche précédente de Bartabas, qui voulait montrer la fusion homme-cheval.

Chaque scène montrera les seuls chevaux, ou en tout cas très peu accompagnés, (apparemment) très peu dirigés.


Moi qui ne suis pas cavalier, je n'ai évidemment pas saisi toutes les subtilités du spectacle, j'ai parfois été dérouté (je n'ai par exemple pas vraiment compris cette élévation d'un grand animal au moyen d'un treuil...), mais j'ai été fasciné par la majesté des animaux.

Chaque cheval est l'émanation d'une onirique beauté, farouche et pure.


D'autre animaux viendront nous surprendre ou nous amuser. Des loups, des colombes, un âne facétieux, une oie...


Le final verra arriver une sorte de jument en bois, qui sera fixée sur la piste.


Un magnifique étalon noir viendra la saillir, majestueusement, fièrement, fougueusement.
Il disparaîtra ensuite, laissant la place aux fruits de cette union : les Hommes.
Des hommes qui recréeront le tout premier tableau. Nous connaissons dorénavant notre origine.

Ne manquez pas cette reprise d'Ex Anima.
C'est un spectacle unique, fascinant, et parfois déroutant pour le profane.
C'est en tout cas un nouveau cri d'amour au meilleur ami de l'Homme.

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