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Un coeur simple

(c) Photo Y.P. -

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Plus simple, le cœur de Félicité, ça ferait trop !

Mais attention, cette simplicité résonne ici presque comme un compliment.


Félicité, la servante de Mme Aubin, elle est simple. Elle est gentille, elle est brave.
Pas méchante pour un sou, n'allant pas chercher midi à quatorze heures, toujours positive malgré les mauvais coups de la vie. Dure au travail, aussi.


Je ne serais pas plus étonné que cela que Emile Pinchon, le père de Bécassine, se soit inspiré de l'héroïne de la nouvelle écrite par Gustave Flaubert.


L'auteur de Madame Bovary nous décrit ici en détail la vie d'une sans-grade, d'une modeste employée de maison. Une gentille fille normande du XIXème siècle.
Une représentante de la France-d'en-bas de l'époque. Un membre de l'étage inférieur d'un Downtown Abbey pontépiscopien.

Elle n'a jamais su lire et écrire, devant garder les vaches dès sa plus tendre enfance.


Isabelle Andréani a adapté cette nouvelle, notamment en utilisant la première personne du singulier.
La comédienne ne jouera pas ce personnage. Non. Elle sera purement et simplement cette Félicité, la rendant on ne peut plus attachante.


Mise en scène par Xavier Lemaire, elle apparaît en corsage blanc, longue jupe bleue qui laisse entrevoir des jupons rouges, des bas de laine naturelle et des sabots.
Aucun décor, si ce n'est quelques éléments de plancher à différentes hauteurs.
Le texte et l'interprétation du rôle suffiront bien.


La comédienne parvient immédiatement et sans peine à nous rendre dépendants de sa parole. J'étais suspendu à ses lèvres.
Elle va se dépenser sans compter ! Avec une énergie et une vivacité phénoménales, elle courra souvent autour de ces lattes de bois, bondissant et tombant parfois dessus.
Elle va se montrer remarquable et lumineuse ! A tel point que je me suis souvent dit que ce texte était écrit pour elle.


Ce sera un pur bonheur que de la voir nous conter les aventures de Félicité, simples elles aussi, mais en même temps sublimes.
Car ici, Melle Andréani réussit à sublimer cette simplicité voulue par Flaubert, la rendant à la fois exemplaire et extra-ordinaire.
Des moments apparemment anodins sont décrits et dits avec une force étonnante, comme la charge d'un taureau, une promenade, les occupations de Paul et Virginie les enfants de la maison, ou encore la rencontre avec Loulou le perroquet...

Isabelle Andréani nous dépeindra également avec une belle acuité d'autres personnages, un amoureux entreprenant tirant sur sa bouffarde, un cocher vindicatif, une maîtresse de maison condescendante, un avoué aux mystérieuses occupations avec la précédente...

A chaque fois, elle nous propose des petits tableaux de vie d'un étonnant réalisme.

 

La comédienne nous fera beaucoup rire, (les scènes avec le perroquet sont jubilatoires), jouant à la perfection le « bon sens près de chez vous », imitant parfois l'accent normand, traînant les « a ».
Elle sera également bouleversante, avec plusieurs fois les larmes aux yeux.
La dernière scène est magnifique. La simplicité tutoie le grandiose.

Voulez-vous que je vous dise ?
C'est un spectacle qui fait du bien. Un spectacle qui raconte une vie, en apparence modeste et simple, d'une héroïne ordinaire.

Et qui décrit de manière éclatante une qualité de plus en plus passée sous silence : la bonté.

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