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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Orphée et Eurydice

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Il a les yeux aux Enfers,
Il a le regard qui tue !...


Orphée et Eurydice... Une histoire de regard.


Un regard fatal, un regard qu'Orphée ne peut contrôler. En ne pouvant réfréner l'envie de se retourner, il condamne d'un seul regard son Eurydice qu'il perd définitivement.


Nous aussi, nous allons regarder !
Nous ne saurons pas où donner des yeux.
Ce que nous propose Aurélien Bory, le metteur en scène, relève de la plus grande et de la plus belle puissance visuelle ! Quelle appropriation étonnante de l'espace scénique !
Ce qu'il va nous donner à regarder est magnifique.


La scénographie est basée sur le dispositif du « Pepper's Ghost ».
Il s'agit d'un gigantesque miroir qui va se soulever dès les premières notes à quarante cinq degrés au dessus des chanteurs.
L'espace s'en trouve non seulement démultiplié, mais le système réfléchit parfaitement ce qui se passe sur le plateau, permettant de transformer des mouvements et des déplacements horizontaux en élévations verticales et autres ascensions.
Nous sont donnés à voir des mouvements étranges, notamment ceux des créatures des enfers.
En outre, le miroir est fait d'une matière très souple et sans tain, ce qui permet des vibrations et des transparences, notamment sur des toiles peintes (un tableau de Corot sur le même sujet).


L'emploi de voiles légers permet ainsi d'en tirer une somptueuse utilisation très graphique.

Une poésie visuelle se dégage de tout ceci.

C'est beau. Vraiment.


Bien entendu, tout ceci sans musiciens, chanteurs, choristes et danseurs ne servirait à rien.
Raphaël Pichon dirige de main de maître l'ensemble Pygmalion. Il a su tirer la quintessence de la subtile partition de Gluck.
Sur des instruments pré-classiques, les musiciens et leur chef nous donnent à entendre une interprétation très cohérente, très précise, par moments très fluide, très déliée ou très nerveuse de l'oeuvre.

 

Marianne Crebassa est un Orphée magnifique.
Ce qu'elle va nous donner, en costume anthracite et perruque blonde (elle m'a fait penser parfois à David Bowie), ce qu'elle va nous proposer à voir et à entendre confine à la perfection.
De sa voix très expressive, au timbre relativement sombre, à la tessiture impressionnante et aux coloratures ébouriffants, elle est d'une évidence absolue dans ce rôle.


Et quelle tension dans son jeu !
A la scène du regard, qui dure un bon moment, elle tourne forcément le dos à Eurydice.
J'avais une boule au ventre à attendre le moment fatal.
Elle se retourne. J'ai sursauté.

Un mouvement simple mais bouleversant.


Eurydice, c'est la soprano Hélène Guilmette, qui donne à son personnage entièrement de blanc vêtu une profondeur remarquable et une réelle intensité.


Quant au rôle du dieu Amour, il est tenu par Léa Desandre, qui d'une voix chaude mais également profonde, avec une vraie autorité, chante dans des positions incroyables.
Elle se trouve notamment à une moment dans une sorte de cercle métallique, que font rouler des circassiens. Une sacrée performance !
Le choeur quant à lui délivre une belle pâte sonore, qui procure bien des frissons.

 

Cette production ouvre donc de façon grandiose la saison.
J'ai assisté une nouvelle fois Salle Favart à une soirée faite de grâce et de beauté.
Une soirée qui a plongé la salle entière dans un pur ravissement.


Les ovations finales, les innombrables bravi en témoignaient.
On comprenait aisément le bonheur des spectateurs.


D'un seul regard !

(c) Photos Stefan Brion et Pierre Grosbois - (c) Photos Stefan Brion et Pierre Grosbois -
(c) Photos Stefan Brion et Pierre Grosbois - (c) Photos Stefan Brion et Pierre Grosbois -
(c) Photos Stefan Brion et Pierre Grosbois - (c) Photos Stefan Brion et Pierre Grosbois - (c) Photos Stefan Brion et Pierre Grosbois -

(c) Photos Stefan Brion et Pierre Grosbois -

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