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Nana

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Une leçon !
Une leçon de jeu, d'interprétation, de comédie !
Catherine Sauval nous a donné une nouvelle fois cette leçon-là !


Elle nous a procuré ce merveilleux sentiment qui consiste à se dire en sortant d'un théâtre : « Voilà, c'est ça, une Comédienne ! ».


L'ex-Sociétaire de la Comédie Française a eu l'excellente idée d'adapter pour la scène le roman d'Emile Zola.

Cette Nana, cette femme qui lutte à sa façon, cette fille « légère » qui se sert de hommes pour avancer socialement, cette « cocotte » qui sera frappée, battue, humiliée, Melle Sauval va nous raconter son histoire avec les mots de l'écrivain.
Et de quelle façon !


Elle arrive du fond de la salle, plante le décor en décrivant la salle et les habitués de ce théâtre-bordel, tout en remontant les rangées.


Soudain, arrivée juste devant le plateau, elle lance « Tiens, voilà Bordenave ! »
Et là, le mystère du jeu de l'acteur (en l'occurrence une actrice), la mystérieuse alchimie qui lie une comédienne à ses spectateurs opère.
Je sais évidemment qu'il s'agit d'un seule-en-scène, je l'ai lu, relu, je l'ai compris, intégré, Franck Desmedt, le directeur de la Huchette me l'a confirmé, et je n'en suis pas à mon premier spectacle.
« Tiens, voilà Bordenave ! », lance Melle Sauval en regardant la porte d'entrée de la salle.
Et moi de me retourner vivement pour apercevoir Bordenave, qui bien entendu, n'est pas là...


Faut-il avoir du talent, faut-il maîtriser son art pour provoquer ce mouvement des spectateurs. (Je n'étais pas le seul ! »
Tout ceci est peut-être anecdotique, mais pour moi, tout le contrat qui lie ce soir-là le public à Catherine Sauval est là !
Oui, c'est ça, une Comédienne !


Ce qu'elle va nous donner à voir et à entendre ensuite, dans les tableaux qu'elle a choisis durant cette heure et vingt minutes, tout ce qu'elle va nous proposer relève du grand art.


Oui, grâce à elle, j'étais dans ce théâtre-bordel parisien, dans lequel Nana s'essaye à la chanson.
J'étais ce spectateur du Second Empire qui se pâme à la vue de la courtisane apparaissant nue sous un voile de gaze, levant son bras laissant découvrir « les poils dorés de ses aisselles », incroyable scène érotique pour l'époque.
(Je précise que Melle Sauval était vêtue d'un chemisier blanc et d'une jupe à rayures.)


J'ai senti le parfum des fraises cueillies par Nana, j'ai entendu la pluie tomber sur le jardin potager de Steinberg, j'ai senti la chaleur du feu de cheminée devant lequel elle se « fait rôtir de tous les côtés »...
J'ai frissonné aux coups, aux gifles que le personnage prenait par Fontan.


Vous l'avez compris, la façon dont la comédienne interprète cette cocotte du Second empire sert au mieux le texte du roman naturaliste de Zola.
Elle porte admirablement et sûrement de façon militante (je suis persuadé qu'on ne choisit pas par hasard d'interpréter le personnage de Nana) la volonté de décrire cette « scandaleuse cocotte », pour reprendre les mots d'un critique littéraire de l'époque.


Elle sortira de scène au lointain, nous faisant comprendre ainsi que le déclin et la mort de son personnage sont inéluctables.


Voici donc une magnifique entreprise théâtrale, de celles qui restent longtemps gravées dans les mémoires.
Une leçon, vous dis-je !

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