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Misery

(c) PHoto Y.P. -

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La fan est-elle l'avenir de l'homme (en l'occurrence ici, de l'écrivain ? )


Dans son roman éponyme, Stephen King analyse ce qui pour lui constitue la relation existant entre la création artistique, littéraire et la réception d'une œuvre par le public en général, et le public le plus extrême en particulier.


A quel moment cette œuvre-là n'appartient-elle plus à son créateur, pour devenir la propriété de ceux pour qui elle a été conçue ?


L'auteur de Shining, Carrie, Christine et de tant d'autres thrillers répondra avec sa manière et son style si particuliers, une écriture ayant procuré bien des frissons à des millions de lecteurs.


Le couple Paul Sheldon (l'écrivain) et Annie Wilkes (La « fan N°1 », comme elle s'auto-proclame) représente cette étrange et pour le moins ambigüe relation.
King a en effet poussé le curseur à son maximum.


Il dissèque au scalpel le plus effilé ces liens extrêmes se tissant entre un écrivain à succès et une fan qu'on pourrait aisément qualifier de psychopathe.


Il est intéressant de noter que c'est une artiste, la chanteuse Viktor Lazlo, qui a réalisé l'adaptation théâtrale française. Il est permis de penser que ce sujet d'une célébrité face à ses fans l'a interpellé au plus haut point. On n'adapte pas par hasard une telle œuvre.


Bien entendu, ce qui va compter ici, ce sont les deux comédiens.
Francis Lombrail est Paul, l'auteur, et Myriam Boyer incarne Annie, l'infirmière démente.
Ces deux-là vont nous scotcher à notre fauteuil !
Ce qui se joue entre eux relève du grand art. C'est un bonheur de les voir jouer.
Immédiatement, la mayonnaise prend. Le metteur en scène Daniel Benoin entre tout de suite dans le vif du sujet.


Ce qui m'a le plus enthousiasmé, c'est la capacité des deux comédiens à conduire la progression dramaturgique de l'intrigue.
Par de subtiles touches, nous passons somme toutes à une situation normale, le sauvetage de Paul par Annie à ce qui relève du cauchemar pour terminer par un drame inéluctable.
Une véritable osmose entre M. Lombrail et Melle Boyer est perceptible de bout en bout de la pièce.

 

La comédienne est formidable à jouer une « démence ordinaire » pour utiliser un oxymore décrivant la pathologie de son personnage.
Elle m'a souvent fait peur !


La scénographie repose sur le fait de dérouler l'histoire dans un huis-clos. Malgré cet appartement clair, avec une grande ouverture sur l'extérieur, nous allons ressentir en permanence cette impression d'étouffement et d'oppression.


Pour autant, afin d'ouvrir l'espace, Daniel Benoin a utilisé plusieurs moyens qui fonctionnent parfaitement.
Des petits films video sont projetés de temps en temps sur l'angle des deux pans coupés du lointain.
Le visage de Myriam Boyer apparaît ainsi déformé, par le biais d'une anamorphose qui le rend monstrueux et diabolique.


Autre moyen : parfois, une batterie d'écrans de surveillance sera dévoilée, pour nous montrer ce qui se passe hors-plateau, notamment dans les couloirs de la demeure d'Annie.

Des noirs plateaux viendront (souvent) matérialiser le temps qui passe et la progression du cauchemar.

C'est donc une très belle entreprise qui est portée sur le plateau du théâtre Hébertot.
Nous retrouvons avec bonheur les personnages immortalisés à l'écran par James Caan et Kathy Bates.
Francis Lombrail et Myriam Boyer leur donnent vie de façon très intense et très prenante.
C 'est une bien belle réussite !

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