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La guerre des salamandres

(c) Photo Y.P. -

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Nous sommes tous des salamandres !


Les salamandres, c'est cette étrange espèce sous-marine découverte par la Capitaine Van Toch, du côté de l'île de Ta-Na-Ma-Sa.
Une espèce présentant des caractéristiques finalement pas si éloignées de l'espèce humaine.


Van Toch va présenter sa découverte au magnat Max Bondy, PDG d'un gigantesque trust à la fois mondial et tentaculaire.


Bondy, c'est un capitaine d'industrie sans scrupules, un représentant du capital mondialisé, allié aux politiciens complices.
Il n'aura de cesse d'exploiter cette espèce, l'asservir et la réduire en esclavage.


Bien entendu, la révolte et la guerre arriveront, provoquant des bouleversements géopolitiques puis une catastrophe planétaire aboutissant à l'extinction de la race humaine. Ni plus ni moins.


Tout ceci ne vous évoque rien ?

Ecrit en 1936, ce roman du Tchèque Karel Capek (celui-là même qui inventera le substantif « robot »), ce roman résonne furieusement avec l'actualité la plus brûlante.
Comment ne pas comparer cet asservissement des salamandres avec l'exploitation éhontée des ressources terrestres, le dérèglement climatique menant inéluctablement à la destruction de notre planète ?

Ce roman d'anticipation, cette œuvre de science-fiction, cette fable d'une terrible force prophétique est glaçante.


Evelyne Loew a adapté pour les Tréteaux de France ce livre pour en tirer une œuvre chorale dans laquelle sept (excellents) comédiens vont interpréter pas moins de trente-huit rôles.
Oui, vous avez bien lu, trente-huit personnages !


La mise en scène de Robin Renucci est basée sur une scénographie comportant trois pôles.
Une chaire, côté jardin, accueille l'auteur-narrateur, qui présente et fait avancer l'action.
Côté cour, un minuscule salon cosy, où trois personnages verront se concrétiser, impuissants, la catastrophe finale.
Au centre du plateau, un peu en retrait, une très grande table ronde, qui sert également d'estrade. Comme une scène elle-même sur le plateau.

Cette table ronde accueillera notamment une pathétique conférence des nations, impuissantes à réagir.


Au dessus de cette table, est suspendu un grand disque mobile qui servira parfois d'écran, sur lequel seront diffusées en particulier des images d'inondations qui ne sont pas sans évoquer les terribles scènes vues ces jours-ci en boucle sur les chaînes d'info plus ou moins continue.


Renucci a demandé énormément à ses comédiens. Les sept n'arrêtent pas !
Multipliant les interprétations, les changements-éclair de costumes (coup de chapeau aux habilleuses en coulisse,) et les nombreuses entrées-sorties, ils réalisent un impressionnant travail scénique.
Quel boulot, quelle énergie !
Il faut d'ailleurs parfois se pincer pour réaliser qu'il n'y a pas véritablement trente-huit comédiens sur scène.

Tous vont nous faire beaucoup rire, un rire qui deviendra de plus en plus jaune !

Le metteur en scène a parfaitement rendu crédible la progression du drame qui se joue, en rendant les personnages complètement dépassés. Les acteurs excellent à nous dépeindre la fatalité programmée, ainsi que la complicité plus ou moins sciemment assumée.

 

Il faut au passage mentionner les splendides costumes et les perruques très années 30 de Jean-Bernard Scotto. Là aussi, de la belle ouvrage.
 

Le théâtre politique (au sens noble du terme) qu'affectionne la compagnie des Tréteaux de France fait une nouvelle fois mouche.
On ne pourra pas dire que nous n'étions pas prévenus !

Ah ! Une dernière chose...
Les salamandres, on ne les verra jamais. Ou plus exactement, nous ne les verrons que trop.
Les salamandres, c'est nous, les spectateurs, éclairés dans les moments cruciaux par une lumière noire nous rendant fantômatiques.
Le parti-pris fonctionne à la perfection.

Au sortir de la Maison des Métallos, personne n'en mène large.
Le message prophétique et apocalyptique est bien compris.

C'est un important spectacle qu'il faut aller voir, et qu'il faudrait faire voir à bien des responsables politiques.
Comprenne qui veut, comprenne qui peut !

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