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Jaz

(c) Photo Y.P. -

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Article 222-23 du Code pénal.
« Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.
Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle. 
»
Ca, ce sont les mots administratifs, les mots judiciaires.
Ils sont importants, certes.


Mais il y a les mots des victimes.
Dans cette pièce, une femme raconte le crime, elle va nous dire ce qui est arrivé à Jaz.
Ce récit sera non seulement un témoignage, mais également un combat.


Koffi Kwahulé, l'auteur du texte, puise l'inspiration de son théâtre dans le jazz. (D'où sans aucun doute le nom du personnage-titre.)
Alexandre Zeff, qui a adapté et mis en scène la pièce, nous propose donc un mélange de théâtre, de jeu dramatique, de musique, de concert-jazz.
Ludmilla Dabo jouera et chantera avec les quatre musiciens du Mister-Jazz Band.


Tout commence d'ailleurs comme dans un club new-yorkais, avec une chanteuse en robe longue fendue, une diva sensuelle, sexy, dans un fin pinceau de lumière.
Tous les codes sont là... Micro qui descend, fumée lourde, musiciens-requins de séance qui assurent grave... Le Blue-Note, le Village Vanguard, le Birdland, quoi...
Le chanteuse-comédienne nous présente Jaz en chantant, de sa très belle voix de mezzo, chaude, ronde, devant un décor fait de néons horizontaux.


Puis, ce mur de lumière va se transformer en sanisette, avec une cuvette de toilettes. Là où le crime aura lieu.


Melle Dabo enlève alors sa perruque et sa robe. Une véritable mise à nu, principalement et surtout intérieure.


A partir de cet instant, le théâtre de Koffi Kwahulé va aller bien au-delà de la douleur, afin de terrasser cette dernière. La poésie devient un moyen de de survivre.
Nous allons tous dans la salle ressentir ce viol.


Ce que fait Ludmilla Dabo est à la fois glaçant et époustouflant.
Elle est le personnage qui raconte l'histoire de Jaz la victime, et elle incarne également son bourreau.
Sur le siège de la sanisette, ou à quatre pattes, grâce à un logiciel déclenché en régie, elle prend la voix grave et grondante de « l'inquisiteur à la figure du Christ », elle hurle l'agression, elle nous crie le supplice.

Le viol est ainsi mis en évidence par le metteur en scène, la voix de l'homme pénètre devant nous à la fois cette femme et son identité.


Le quatuor passe alors d'un jazz léger à une longue plainte de free-jazz à la Ornette Coleman.
Le climax est atteint avec une hallucinante scène de crucifixion enfumée, en contre-jour rouge sang. L'image est terrible et magnifique !

 

Puis, ce sera la résilience, la tentative de reconstruction, la révolte. Et la vengeance, aussi.
La comédienne est alors impressionnante de fureur, de colère plus ou moins contenues.

Après la première ovation du public (les bravi fusent), elle reviendra chanter un titre très rock et très explicite, « Every six minutes, a woman cries... »

Une horrible statistique. Et au passage un message de déculpabilisation des victimes.

Hier soir, j'ai reçu une véritable gifle théâtrale en pleine figure.
Ce spectacle est un coup de poing salutaire, impressionnant et fascinant.
Un spectacle dont personne ne peut sortir indemne, l'un de ceux dont les images et le propos restent longtemps gravés dans la mémoire.
En sortant, j'étais sonné. C'est aussi la fonction du spectacle vivant.

Un spectacle indispensable et incontournable.

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