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Voyage au bout de la nuit

(c) Photo Y.P. -

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Dis moi, Céline, les années ont passé, et pourtant, ton Ferdinand Bardamu n'a pas pris une seule ride.
Bien au contraire !


Bardamu, c'est évidemment le héros, l'anti-héros, le contre-héros de ce chef-d'oeuvre de Louis Ferdinand Céline.

Le roman anti-tout.
Anti-nationaliste, anti-colonialiste, anti-capitaliste, anti-mondialiste. Anti-tout, donc.

 

Un bouquin qui vous jette à la figure une véritable autopsie de l'âme humaine, et dans lequel un type entreprend un voyage initiatique, une recherche de vérité, plongé qu'il est dans la fange, dans la pourriture, dans la merde, dans la dégénérescence humaines.
Pour tenter de rester debout, sans illusions, certes, mais digne.
Plus facile à dire qu'à faire.


Franck Desmedt, tout récent Molière du second rôle dans « Adieu M. Haffman » de Jean-Philippe Daguerre, Franck Desmedt a voulu relever le défi de monter sur la scène du théâtre de la Huchette ce pavé littéraire qu'il a co-adapté avec Philippe Del Soccoro.


Et qui dit adapter, dit faire des choix.

En l'occurence, transformer les quelque six cents pages du roman en une heure de seul-en-scène. Une gageure.
Les deux hommes ont donc gardé ce qu'ils ont considéré à raison comme la moelle épinière de ce voyage.
Et pour une réussite, c'est une réussite !


Après un assez long moment de djembé africain dans le noir, le comédien va se livrer à une véritable leçon d'interprétation, une de ces leçons de théâtre qui marquent une saison.
A côté d'une poubelle métallique très américaine, il va dire les mots de Céline avec une douceur, une rage, une colère, une tendresse, une désespérance, une forme de folie également qui forcent l'admiration.
C'est bien simple, Franck Desmedt envoûte la salle !


De sa voix claire, douce ou puissante, fixant le public intensément de ses yeux bleus, il m'a littéralement subjugué, comme il a subjugué tous les spectateurs de cette troisième soirée. Impossible de le lâcher.
Le texte, le jeu, l'interprétation du comédien, ses différentes gestuelles, sa capacité à faire ressortir l'humour contenue dans cette oeuvre, mais également les lumières de Laurent Beal restituent les grands moments du prix Renaudot 1932. (Je rappelle au passage qu'il ne manqua que deux voix pour que Céline obtînt le Goncourt...)


Le tout nous fait visualiser de façon troublante les principaux épisodes, la guerre, l'Afrique, New-York, la banlieue parisienne.
A chaque fois, c'est un univers qui se met en place et qui est recréé. Un grand texte, un homme, son talent et quelques projecteurs.


Et puis Franck Desmedt incarne ou évoque, outre Ferdinand Bardamu, tous les personnages que l'on connaît bien, et qu'il aurait été impensable de passer sous silence : Molly, Robinson, Alcide, les militaires, et surtout, surtout, Bébert.


Dans la dernière partie dans laquelle l'alter-égo de l'auteur est devenu médecin des pauvres dans la banlieue parisienne déliquescente, Le comédien est tout simplement bouleversant.
Il raconte, il dit, il vit la mort du petit Bébert.
Ma voisine de fauteuil et moi-même essuyions alors nos yeux.
Bouleversant, vous dis-je.

Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai lu, relu, encore et toujours ce Voyage au bout de la nuit.
Désormais, je ne pourrai plus imaginer Ferdinand Bardamu autrement que sous les traits de Frank Desmedt.


Il faut vraiment vous ruer au théâtre de la Huchette. Ne passez pas à côté de ce spectacle.
C'est donc une deuxième leçon qui s'y joue !

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J'ai réalisé une interview web-radio de Franck Desmedt juste après la représentation.
Ce sera pour les jours qui suivent.

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