Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Tu te souviendras de moi

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Il a la mémoire qui flanche,

Il n'se souvient plus très bien !
Et pour cause...


Le personnage principal de cette comédie douce-amère de Patrick Archambault, adaptée par Philippe Caroit, c'est la maladie.
Alzheimer.


Edouard est ce célèbre professeur d'université, historien émérite à la retraite, bourru, un rien cynique, misanthrope, qui ne comprend pas tellement le monde actuel.

La mondialisation, Facebook, Youtube, « Am stram gram », très peu pour lui.


Lui, il n'a pas son pareil pour retenir les dates, les dates de guerre, surtout.
En revanche, le reste, tout le reste, le quotidien, tout se délite...
Sa mémoire le lâche, irrémédiablement, définitivement, insidieusement, en raison de la dégénérescence du tissu cérébral.


Edouard, c'est Patrick Chesnais.
Autant l'écrire tout de suite, la pièce est bâtie autour de lui.

D'ailleurs le public n'est pas dupe. Témoin cette spectatrice, devant moi, dans le hall du éthâtre des Variétés : « Nous, on vient pour Patrick Chesnais ! ».


C'est un bonheur de le voir interpréter cet homme qui petit à petit, perd la faculté de se projeter dans le passé et le futur.
Je n'apprendrai rien à personne, son jeu, ses intonations, ses ruptures, son air de personnage faussement dilettante, tout ceci relève du grand art.


Daniel Denoin, le metteur en scène, annonce tout de suite la couleur.
M. Chesnais et Nathalie Roussel, qui incarne son épouse, apparaissent face au public, avec pour tout décor des cyclos blancs dans le dos.
Cette scène d'exposition, (dont je me garderai bien de révéler la teneur), très pertinente, très maligne, va permettre d'exposer et de comprendre la problématique.
Son évocation reviendra tout au long de la pièce, comme un leit-motiv.


Cette problématique principale, c'est l'oubli.
L'oubli dû à cette saleté de maladie.

Certes. Mais pas que.


Certains oublis sont volontaires.
Des oublis plus ou moins assumés, parce qu'un drame familial est survenu, et qu'il est souvent pratique de vouloir tenter de l'effacer de ses neurones, ce drame.
L'oubli permanent qui affecte de plus en plus nos sociétés que l'on dit, que l'on croit modernes.
L'info qui en chasse une autre, immédiatement, effaçant la précédente.
Oui, ce thème est omniprésent dans cette pièce.

 

Outre celle de Patrick Chesnais, j'ai beaucoup aimé l'interprétation de Fanny Valette.
La comédienne insuffle à ce personnage de toute jeune fille qu'est Bérénice (et là non plus, ne comptez pas sur moi pour vous révéler les liens qui l'unissent aux autres rôles), elle insuffle donc une vraie fraîcheur, un dynamisme, une ingénuité certaine mais aussi une forme de rouerie.
Elle est épatante.


Alors oui, nous rions beaucoup.
Parce que bien des situations découlant d'Alzheimer s'y prêtent.
Mais souvent, beaucoup d'émotion se dégage.
Patrick Chesnais déclenche souvent l'hilarité de la salle, mais ils est également et très souvent bouleversant.


Bien entendu, la double énonciation fonctionne à merveille : combien sommes-nous à nous dire « Mais qu'est-ce que je ferais, moi, si ce drame frappait un membre de ma famille ? ».

La représentation est saluée d'applaudissements nourris, et ce n'est que justice.


Au fait, les phragmites, qu'est-ce que c'est ?
Au fait, on s'connaît ?

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Z
Merci pour votre analyse . je viens de voir cette pièce au Festival d'Anjou et je l'ai trouvée émouvante et très juste. Beaucoup d'humour pour cacher la tristesse .
Répondre
F
Merci beaucoup pour votre commentaire ????
Répondre
Y
Mais c’est moi qui vous remercie ! Quelle belle soirée !