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Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran

(c) Photo Y.P. -

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En 2001, Eric-Emmanuel Schmitt publiait aux éditions Albin-Michel cette histoire qui tissait un lien on ne peut plus fort entre Moïse, un adolescent juif, et Monsieur Ibrahim, cet épicier arabe doté d'une immense sagesse soufie, ouvert de 8h00 à minuit, dimanche compris.

 

Le récit est alors écrit pour le comédien et metteur en scène Bruno Abraham-Kremer, dont l'enfance a inspiré l'auteur.


Le texte, qui depuis a fait le tour du monde, qui a été publié dans plus de cinquante pays et qui est étudié dans les collèges et lycée, le texte raconte une amitié que bien des différences auraient pu empêcher.


Eric-Emmanuel Schmitt a écrit une ode à la tolérance, au respect de l'autre, une histoire qui rapproche les hommes, de celles qui redonnent confiance dans le genre humain.
Une fable qui montre que dépasser l'ignorance de l'autre, surmonter les peurs irrationnelles de l'inconnu, ne peut qu'engendrer la compréhension mutuelle.


Bien entendu, on se souvient également du film qu'en tira François Dupeyron, pour lequel le merveilleux Omar Sharif obtint un César.


Il ne faut pas se leurrer : l'islamophobie et l'antisémitisme connaissent ces temps-ci une réelle recrudescence.
C'est pour cette raison que l'auteur a ressenti le besoin de redonner ces trente représentations exceptionnelles.


C'est lui-même qui se trouve en personne, pendant une heure et quarante cinq minutes, sur le plateau du Rive-Gauche. Le comédien, c'est lui !

 

Ce que j'ai vu hier m'a enthousiasmé.
J'ai assisté à un spectacle tout en subtilité, tout en finesse, tout en délicatesse.

 

M. Schmitt est excellent.
Il parvient parfaitement a nous faire croire aux personnages, que ce soit Momo ou M. Ibrahim.
Il prend un léger accent pour interpréter ce dernier, sans tomber dans la caricature et l'outrance.


L'auteur-comédien réalise une vraie performance, il faut appeler un chat un chat.
Tour à tour émouvant, drôle, (il place ses effets avec une jubilation apparente), ingénu, grave, sa palette est large !
Une prestance, un charisme se dégagent de son jeu ! Il en impose !


Il faut dire qu'il a choisi une metteure en scène qu'il connaît bien, et qui à chaque fois sait tirer le meilleur de ses comédiens.


Anne Bourgeois a elle aussi travaillé tout en délicatesse et en subtilité.
Une nouvelle fois, elle nous démontre son art consistant à « remplir » un plateau, ici qui plus est, avec un seul personnage.


La direction d'acteur précise, exigeante, les déplacements millimétrés, le timing parfait, le sens et la perception de l'espace scénique, tout ceci est admirable.
Un sentiment se dégage : tout est exactement à sa place, le curseur est à son exacte position.


Avec une évidence : comme à son accoutumée, Melle Bourgeois sait se jouer de tous les pièges qui auraient pu transformer cette pièce en un mélodrame pleurnichard au pathos de mauvais aloi.
De la très belle ouvrage, vous dis-je !

 

Il faut mentionner également la belle scénographie de Nicolas Sire, avec cette dune de sable sur lequel Eric-Emmanuel Schmitt s'assoit de temps en temps, et les lumières si délicates qu'elles se font oublier de Laurent Beal.

On l'aura compris, il faut vous dépêcher d'aller retrouver Moïse et M. Ibrahim.
Un bien beau moment de grâce au théâtre Rive Gauche.

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