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Les fourberies de Scapin

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Jusqu'au 23 septembre prochain, la troupe de la Comédie Française a posé ses malles en osier au Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis, pour une reprise des Fourberies de Scapin. (Lien internet en fin de papier.)

Voici ce que j'écrivais, la saison passée, à propos de cette somptueuse production.

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Un nouveau Scapin à la Comédie Française, c'est un peu comme le premier concert d'une nouvelle tournée des Rolling Stones au Royal Albert Hall.


Ici, nous sommes dans la maison-mère.
Ici, le metteur en scène et les comédiens jouent à domicile, certes, mais ils jouent gros. Forcément, la pression est là !


Alors certes, au lever du rideau, non seulement une petite appréhension saisit le public habitué du lieu, mais une interrogation se pose à lui : « Cette version-là sera-t-elle « à la hauteur », dans le Saint des Saints ?


Ici, la réponse est... OUI, cent fois OUI !
M. Molière, vous n'avez pas à vous retourner dans votre tombe, votre héritage est en de très bonnes mains.


Denis Podalydes a poussé le curseur tout au bout de sa course.
Ce qui va prévaloir tout au long de ces presque deux heures, c'est une incroyable énergie, c'est le coté physique, organique de tout cela, c'est l'engagement total, souvent « viril » de la mise en scène on ne peut plus « pêchue », survitaminée !

Nous assistons à de véritables tourbillons plus échevelés les uns que les autres, des moments tout à fait débridés qui provoquent un plaisir de tous les instants.


C'est parfois violent. On voit le sang couler, les coups pleuvent, y compris sur un homme à terre, une tête est plongée dans un seau d'eau, on termine pratiquement avec une mêlée de rugby !
Nous sommes souvent dans le registre de la farce !


J'ai l'impression que Podalydes a voulu ici mettre l'accent sur le fait que cette pièce est avant tout une « pièce d'hommes », de mecs, de vrais durs !


Ne voit-on pas Scapin sortir de sa trappe tel un beau diable, certes, mais à poil !
(Les amateurs de belles fesses musculeuses se régalent ! )
Seule une chemise en boule cachera ce à quoi je pense que vous pensez...
C'est véritablement la naissance de Scapin sortant des eaux !


Pièce de garçons ? Oui, vous dis-je !
Quatre principaux interprètes masculins sont véritablement enthousiasmants. Je pèse cet adjectif !

 

D'abord, Benjamin Lavernhe, dans le rôle-titre, est phénoménal d'énergie, de drôlerie, de force, d'exagération totalement maîtrisée.


Quel engagement, quel abattage, quel rythme, quel souffle comique !
Dans la scène-culte où Scapin se fait surprendre par Géronte sortant de son sac, ce qu'il fait est prodigieux !
C'est bien simple, il m'a fait penser à ce vrai génie qu'était Louis de Funès !
Son « double-take », apercevant le vieillard, est lumineux !
Fait rarissime, la salle Richelieu va l'applaudir à tout rompre dès la fin de cette scène, ne pouvant se résoudre à attendre le rideau final.
Mais quelle réussite !


Autre très belle partition, celle de Bakary Sangaré, en Sylvestre se transformant en spadassin branquignolesque. 

Armé d'un casque emplumé, d'une épée, d'une cape on ne peut plus rapiécée et d'une cagoule rouge à la Davy Jones, l'un des méchants de "Pirates des Caraïbes" avec ses tentacules en guise de barbe, il est magnifique et cervantesque !


Et puis, il y a les deux pères, les deux vieillards.
 

Dans ces deux rôles, deux immenses comédiens vont s'en donner à cœur joie.
Gilles David et Didier Sandre m'ont arraché des larmes de rire, tellement ils sont excellents, drôlissimes et burlesques.

Leurs interventions sont immanquablement de grands moments. Les relations pères-fils sont ainsi bien exacerbées ! (Julien Frison et Gaël Kamilindi sont aux aussi parfaits en fistons, même un peu en retrait par rapport à leurs aînés...)


Pièce de garçons, mais il faut quand même souligner le beau travail d'Adeline d'Hermy, en Zerbinette gouailleuse, rouée et aguicheuse.


Eric Ruf signe comme à l'accoutumée une somptueuse scénographie, qui permet à Denis Podalydes de travailler sur un plan vertical, y compris pour la scène du sac.
Mais je n'en dirai évidemment pas plus.


Il faut bien entendu mentionner les merveilleux costumes de Christian Lacroix. (Je donnerais cher pour avoir la même redingote qu'Argante.)
Avec un petit mystère : pourquoi le couturier a-t-il fait broder les trois initiales "M A J" sur la robe de Zerbinette ?
Une Mise A Jour de cette pièce au Français ? Allez donc savoir...


Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement de vous ruer sur cette très grosse mais très remarquable production.
Emmenez vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces, filleuls, belle-mère...
Tout comme moi, tous ressortiront émerveillés avec les zygomatiques ayant fonctionné à plein régime.
Encore un spectacle incontournable de ce début de saison ?

Eh bien oui !

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