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La ménagerie de verre

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

On a tous en nous quelque chose de lui !
C'est ce qu'a bien compris Charlotte Rondelez, qui met en scène une remarquable version de cette pièce de Tenessee Williams, dans une traduction d'Isabelle Famchon.

 

Ce qui va se jouer sur le plateau du Poche-Montparnasse est confondant de précision, de rigueur et de vérité !


La vérité !
Tout le contraire de ce qui va animer cette famille de Saint-Louis (Missouri), dans les années 30.
Une famille monoparentale, pour reprendre un terme sociologique actuel. Le père a abandonné femme et enfants voici bien longtemps.
Depuis, c'est le règne du non-dit, du déni, de l'illusion, de la tromperie.


La vie quotidienne est un mélange de passé, de futur, mais jamais de présent : la mémoire, les rêves d'avenir, mais jamais l'instant présent.


Amanda, qui dans sa jeunesse réussissait la prouesse de réunir pas moins de dix-sept galants pour sélectionner son futur époux, Amanda nourrit l'ambition de marier sa fille Laura, infirme. Elle n'imagine pour elle que cette solution.

 

Son frère Tom et elle, tels des marionnettes dans les mains de leur mère qui les tient sous sa coupe grâce à des fils plus ou moins visibles, tentent de survivre comme ils peuvent.


Tom décide d'inviter Jim, l'un de ses camarades de travail, pour provoquer le destin.
Sera-ce le galant de Laura ? Parviendra-t-il à la faire se détacher de sa ménagerie de verre, sa collection de petits sujets animaliers en cristal, véritables objets transitionnels ?

La réalité et le passé vont s'entremêler pour aboutir à une bouleversante et inattendue conclusion.


Charlotte Rondelez a réuni un quatuor d'excellents comédiens.
Cette distribution est d'une telle justesse qu'elle en devient évidente.
La metteure en scène est parvenue, grâce à une direction d'acteurs délicate et précise à finement mettre en images et en mots ce texte dense et dru.

 

Cristiana Reali est Amanda, cette mère tyrannique en diable.

Tour à tour glaciale, effrayante, ambitieuse, possessive, aguicheuse, (nymphomane ? ), la comédienne procure au public énormément d'émotions tellement sa palette de jeu est large et étendue.
Elle provoque également bien des rires. (Dans sa robe hispanisante, elle est drôlissime !)


Les trois autres rôles sont interprétés par trois remarquables jeunes comédiens.
Ophélia Kolb est Laura. Elle parvient sans problème aucun à nous faire toucher du doigt la fragilité de son personnage, l'ambivalence de ses sentiments, tiraillée qu'elle est entre sa mère et son désir de quitter « matrimonialement » le foyer délétère.
Les ruptures de Melle Kolb sont jouissives.


Charles Templon est Tom, le frère, et Félix Beaupérin joue Jim.
Ces deux-là sont positivement excellents de précision, de naturel et de crédibilité.


Le premier est ce frère oppressé, qui fait office de narrateur, qui tente par tous les moyens lui aussi de s'évader, y compris par la prestidigitation.


Félix Beaupérin est quant à lui formidable dans un rôle difficile, qui demande beaucoup de savoir-faire et de talent. C'est en effet son personnage, qui, involontairement, va déclencher le chaos final.
Chapeau bas, Messieurs !

Il faut également noter la subtile scénographie de Jean-Miche Adam, et surtout la très belle musique de Vadim Sher, un habitué de la maison.


Ne manquez donc pas cette ménagerie de verre, qui d'ores et déjà, au bout de la troisième, est un spectacle incontournable de ce début de saison.

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