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Françoise par Sagan

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Elle s'appelait Françoise, mais on l'appelait «charmant petit monstre »...
Une idée de François Mauriac, qui en avait beaucoup pourtant, des idées !


Sagan, le charmant petit monstre.
Sagan, l'oxymore à elle toute seule...


Sur le plateau nous attendent un comptoir de bar, côté jardin, un tabouret et un cendrier, côté cour.
Plein le cendrier, forcément.

Le noir s'installe.
Le point rouge incandescent d'une cigarette qui se consume apparaît au lointain.
Elle arrive. Caroline Sagan, Françoise Loeb, à moins que ce ne soit le contraire.


Immédiatement, ce qui saute aux yeux du public, ce sont les cheveux de la comédienne.
La perruque à la frange d'en haut.
Sagan est une icône, au sens propre du terme, l'une des premières stars dont l'apparence a été médiatisée, sur-médiatisée, même.

Je sais bien que le théâtre est l'art des conventions, mais imagine-t-on une Sagan sans cette coupe blonde au bol, sans ces chemisier et pantalon stricts, ce collier doré, sans ces petits mocassins ?
Non, bien entendu...


Caroline Loeb a donc judicieusement choisi de ressembler de façon troublante à l'écrivaine.
Tout en disant les mots de Sagan, Melle Loeb va également adopter la gestuelle, les poses recroquevillées, la voix plutôt haut perchée et les mouvements saccadés de l'auteur de « Bonjour tristesse » .
Troublant, vous dis-je !


La comédienne a voulu dire les mots issus de l'ouvrage « Je ne renie rien ».
Titre on ne peut plus explicite : une femme libre, paradoxale, contradictoire, une femme célèbre très jeune, une femme blessée (à bien des points de vue), spirituelle, drôle aussi, raconte, nous raconte ses vérités.


Qu'on ne s'y trompe pas : la volonté de métamorphose « saganienne » de la comédienne n'est pas le parti-pris principal du spectacle.

En effet, elle va fait siens ces mots qu'elle va dire. Je pense d'ailleurs qu'on ne peut pas les dire, ces mots, sans se retrouver voire se projeter dedans...
Elle le fait avec une grande sensibilité, une forme de vraie pudeur. Les extraits sont choisis avec grand soin, avec beaucoup de pertinence.
Elle ne nous lâche plus, dès qu'elle commence à dire.
Elle devient devant nous cet oxymore vivant, le fameux "charmant petit monstre".

Alex Lutz, son metteur en scène et elle ont eu l'excellente idée de mettre en lumière particulière cet oxymore-là.

Melle Loeb sera en effet très peu éclairée, comme sculptée dans une douce mais assez crue clarté, dans des contres délicats et évocateurs, dans des lumières rasantes qui dégagent très joliment son profil.

Ce sont des poses, entrecoupées de noirs-plateau, qui sont ainsi mises en évidence.
Caroline Loeb bouge sur la scène, bien entendu, mais surtout pendant ces noirs, afin d'adopter telle ou telle posture emblématique, couchée, assise, ou encore penchée sur le comptoir.

L'effet est saisissant, et en tout cas très réussi.

Oxymore également, la bande-son du spectacle.
Les deux artistes ont invité Jean-Sébastien Bach (la lumière, le jour), et Miles Davis (So what, la nuit, le noir).
Là aussi, tout ceci est fort judicieux.

 

A ma grande honte, je dois avouer que je n'avais jamais rien lu de Sagan.
La performance (car c'en est une) de Caroline Loeb donne immanquablement envie de se plonger dans cette auteure, dans cet univers singulier, fait de profonde légèreté, et de légère profondeur.

Merci beaucoup, Melle Loeb !

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