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Et si on ne se mentait plus ?

(c) photo Y.P. -

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« On ne va pas se mentir ! »
Combien de fois par jour entendons-nous actuellement ce tic de langage, ici et là, à la télé, à la radio, dans les dîners, etc, etc...
Le titre de la pièce fait évidemment référence à ces six mots-là.


Va nous être posée une subtile question qui mérite vraiment qu'on se la pose : « l'amitié est-elle soluble dans le mensonge ? »


Voici en effet le thème principal de la pièce écrite par Emmanuel Gaury et Mathieu Rannou.
L'amitié entre cinq hommes va-t-elle résister au mensonge ?


La question est d'autant plus intéressante que nous sommes en 1901, et que ces cinq hommes-là sont d'incontournables icônes de la vie culturelle française. On les qualifierait maintenant de stars !
Jules Renard, Alphonse Allais, Tristan Bernard, Alfred Capus et Lucien Guitry déjeunaient effectivement ensemble tous les jeudis midi, et ce, depuis 1896.


En octobre 1901, leur amitié va prendre un véritable tournant. Oui, ils vont se mentir...
Réussiront-ils à surmonter leur si précieuse conditions d'amis véritables ?
Allez donc savoir...


On l'aura compris, c'est une pièce de mecs ! Le club des cinq au Lucernaire, en quelque sorte...
Oui, sauf qu'ils sont mis en scène par Melle Raphaëlle Cambray.


Les deux auteurs sont sur scène avec trois autres de leurs camarades, Maxence Gaillard, Nicolas Poli et Guillaume d'Harcourt, tous formés par Jean-Laurent Cochet.

Les cinq potes ont alors constitué leur compagnie au nom flamboyant : les Inspirés.


La metteure en scène a parfaitement su faire tourner la parole, et à faire en sorte que les spectateurs s'intéressent à chaque personnage.
La direction d'acteurs est précise, alerte, enlevée.


Les comédiens ont su quant à eux s'approprier non seulement « l'aspect extérieur » de ces cinq monstres sacrés, mais également leurs spécificités plus intérieures, plus intellectuelles.

(Au passage, il faut tirer un beau coup de chapeau aux deux costumières, Margot Déon et Leslie Pauger, qui ont habillé les cinq comédiens de façon splendide et à la scénographe Catherine Bluwal. Nous sommes vraiment en ce début de XXème siècle.)

 

Il y a d'ailleurs une très jolie scène au cours de laquelle Alphonse Allais (Mathieu Rannou), tel un Sherlock Holmes au mieux de sa forme, parvient à déduire l'appartenance des verres abandonnés de ses quatre copains sortis du salon pour aller déjeuner.
En découle d'épatants petits portraits psychologiques.


Dans le texte, et comment pourrait-il en être autrement, les bons mots, les tirades et les aphorismes de ces célébrissimes auteurs fusent.
Les comédiens nous font donc beaucoup rire, mais pas que !
Ils vont également sacrément nous émouvoir.


A cet égard, la fin du spectacle, que je ne dévoilerai évidemment pas, est assez bouleversante.

La réponse à la question initiale sera révélée avec beaucoup de finesse, de pudeur et de retenue, sans aucun pathos de mauvais aloi.


Un texte aux petits oignons, une mise en scène au millimètre et d'excellents comédiens : comment dès lors s'étonner des applaudissements nourris et des « bravi » qui viennent ponctuer ce vrai bon moment de théâtre ?

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