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Dialogue aux enfers Machiavel Montesquieu

(c) Y.P. -

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1864 – Bruxelles.
Maurice Joly, avocat français très hostile à Napoléon III, polémiste habitué du scandale, fait paraître anonymement un pamphlet intitulé « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu ».
Il sera vite démasqué.


2018 – Paris.
Marcel Bluwal, à l'invitation de Philippe Tesson, adapte ce texte et le monte sur le plateau du Poche-Montparnasse.


Que raconte donc ce dialogue-là, à l'époque censuré, puis redécouvert au tout début de notre Vème République ?
Il va s'agir pour l'auteur Joly de vilipender dans un premier temps la fausse démocratie instaurée par Napoléon III.
Mais pas seulement !


L'auteur dépeint Montesquieu en train d'essayer de pousser Machiavel dans ses retranchements (volontairement ou involontairement), pour que ce dernier nous livres ses « recettes » pour instaurer une société dictatoriale, fascisante, et dans laquelle, suprême et diabolique raffinement, le Prince sera tout ce qu'il y a de plus légalement élu par le peuple.


Une société ayant toute l'apparence d'une démocratie, mais étant en réalité une véritable  dictature.
On s'en doute, ce texte (je le rappelle, publié en 1864) relève d'une incroyable prescience politique et sociétale.


Nous sont annoncés de manière on ne peut plus précise, tous les mécanismes qui ont porté au pouvoir tous les fascistes du vingtième siècle.


De plus, nous allons prendre en pleine figure par l'intermédiaire de ce discours, de véritables flashes d'actualité on ne peut plus brûlante.
Je ne prendrai qu'un exemple qui ne manquera de parler aux parisiens : Machiavel annonce qu'à l'avenir, la dérégulation des loyers devra faire en sorte de ne garder dans le centre des grandes villes que les « millionnaires »...
Suivez mon regard...


Marcel Bluwal a choisi et mis en scène deux immenses comédiens, en la personne de Pierre Santini et Hervé Briaux (qui m'avait enchanté ici même la saison passée dans le spectacle Tertullien), sans aucun décor qu'un fond blanc avec des centaines de livres esquissés, et du mobilier en matière plastique transparente.
Le texte et l'interprétation des deux acteurs seront amplement suffisants.


Hervé Briaux est Machiavel.
Il fait froid dans le dos de tous les spectateurs, à énoncer ses recettes et ses prédictions.
Il joue le cynisme avec une réelle délectation, une jubilation manifeste.
Il est souvent glaçant, faisant peur à la salle, par moments.


Pierre Santini est son contradicteur.
Lui aussi sera également parfait dans un registre « d'accoucheur » de cette parole machiavélique qui nous révulse.
Le public s'identifie totalement au comédien.
De sa voix reconnaissable entre toutes, il interpelle, questionne.

C'est lui qui aura le dernier mot, la dernière réplique, après avoir lancé un long regard lourd et accusateur à la salle.
 

Le duo fonctionne à la perfection, on sent bien la complicité des deux hommes. C'est un bonheur de les voir jouer !
Dès les premières répliques, nous saurons que nous allons assister à un grand moment de théâtre.


Je vous recommande donc vivement ce spectacle étonnant et fascinant.
Je suis ressorti troublé : je ne connaissais pas du tout ce texte, à l'instar du metteur en scène qui l'avoue dans sa note d'intention, et la façon dont il est donné et restitué force l'admiration.

C'est un spectacle qui devrait être montré dès le premier jour aux étudiants des nouvelles promotions à l'ENA, à Sciences-Po et dans toutes les écoles de journalisme !

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