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Pour le meilleur et pour le dire

(c) Photo Y.P. -

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Alors... Racontez-moi !
Je parle, donc je suis. Ou plutôt, nous nous parlons, donc nous pouvons être !


Voici quel pourrait être le message de cette délicieuse comédie sentimentale.
Ce qui compte avant toute chose, c'est la parole.
La parole, c'est peut-être le personnage principal de ces quatre-vingts minutes.

La parole, sous toute ses formes.
Ce qui est dit, ce qui ne l'est pas, ce qui pourrait être dit, ce qui a failli être dit, ce qui est sous-entendu, et surtout ce qui sera finalement dit...


Audrey et julien s'aiment sincèrement depuis un an maintenant. Ces deux-là sortent chacun d'une histoire très compliquée.
Seulement voilà...
Audrey, approchant la quarantaine voudrait un bébé. Quant à Julien, qui lui a déjà un enfant, ne veut pas devenir une nouvelle fois père. Il a de bonnes raisons, pense-t-il... Nous les découvrirons, ces raisons, et bien entendu, je n'en dirai pas plus...


Va s'en suivre toute une série de non-dits qui finalement vont rendre la parole tellement absente que le couple va se déliter petit à petit...
Et ce, malgré le fait que ces deux-là consultent la même psychanalyste, Mouna, une praticienne haute en couleurs. (A-t-elle un bac +10 ? Private joke à destination de ma voisine de siège...)
Deux autres personnages eux-aussi finiront par la catalyser, l'aiguiller, la rendre enfin audible, cette parole refoulée et tue.


David Basant et Mélanie Reumaux ont écrit ce très joli et très pertinent moment théâtral.
Il est évident que la chose psychanalytique leur tient à cœur.
Sous le couvert du rire (oui, nous rirons beaucoup), ces deux-là nous démontrent lumineusement le rôle du verbe dans les relations d'un couple, certes, mais également dans la société plus généralement.


On rit beaucoup, disé-je. Un rire sain, sincère et salvateur.

Beaucoup de traits d'esprits viennent émailler la pièce. Je vous laisse découvrir... (La transgression totale dans un cabinet de psychanalyse est un moment jubilatoire!)


Si cette tendre comédie fonctionne, c'est bien entendu en raison de l'écriture, de la profondeur du sujet, de la mise en scène judicieuse de l'auteur, qui permettent à la fois rires et émotion, mais c'est également grâce aux cinq comédiens qui tous, sont d'une remarquable justesse.
Sans cette justesse-là, nous serions tombés soit dans un pathos de mauvais aloi, soit dans une triste et vulgaire gaudriole.

Ici, c'est avec beaucoup de finesse que toute l'équipe a su placer le curseur à l'exacte position.


Céline Perra, excellente en hypersensible qui « démarre au quart de tour » et Roger Contebardo, tout en vulnérabilité dans un personnage qui se réfugie dans le mutisme, sont ce couple qui se déchire. (Est-ce vraiment un couple, réflexion faite ?) Les deux nous font totalement croire à leur personnage, on ne doute jamais.


Tessa Volkine est Mouna, la psychanalyste.
La comédienne possède une sacrée vis comica. Elle passe du rire à l'émotion en un instant. Elle est souvent hilarante, par ses ruptures, son applomb et ses sous-entendus. Un très beau rôle et une très belle composition.


Les deux autres personnages sont interprétés avec beaucoup de fougue par Caroline Brésard (une sorte de cougar à la chevelure presque « brigittesque » et à la boîte de tic-tac reléguée au rang d'objet transitionnel.

Edgard Giard lui aussi déclenche beaucoup de sourires, en « fils de la maison ».


Coup de chapeau à la scénographie d'Alain Lagarde : le lieu principal, le cabinet de Mouna, est une sorte de cage en tulle, au travers laquelle on voit les personnages comme projetés sur ce léger voile.
Une sorte de mythe de la caverne inversé, en quelque sorte.
Une idée épatante.


Je ne saurais donc trop vous conseiller que d'aller voir cette pièce tendre, drôle, sensible et d'une grande finesse.
Une pièce qui à n'en pas douter comptera parmi les vrais succès de cette rentrée théâtrale.

 

On reste là-d'ssus ?

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