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Moi, soldat inconnu

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Il y a encore plus inconnu que le soldat inconnu.
C'est sa femme.


Ces deux-là, pourtant, nous allons faire leur connaissance sur le plateau du théâtre Montmartre-Michel-Galabru.
Néanmoins, ils ne seront jamais ensemble. Forcément...

 

Le noir n'a pas encore envahi la salle que retentit à la trompette la sonnerie militaire « Aux morts ». Comme prémonitoire...

 

Immédiatement, ce qui va sauter aux yeux, une fois la scène éclairée, c'est la grande qualité historique de la reconstitution scénographique de l'espace clos qu'est la tranchée.

Rien ne manque, les fusils Lebel, les capotes bleu-horizon, les quarts en fer-blanc, les grenades d'ypérite, les masques-à-gaz... Au lointain, une perspective forcée représente un terrain-vague dévasté par les bombardements, avec un arbre mort. Lui aussi.
Un grand coup de chapeau à Nils Zachariasen.

 

Nous voici en compagnie de deux poilus. L'un, la vingtaine, dont on ne connaîtra jamais, et pour cause, l'identité, est un conscrit, un sans-grade.
L'autre, plus âgé, c'est Emile, caporal d'active. Lui s'est engagé à la place de son fils.
Ce sont les seuls rescapés de leur unité. Entre eux deux, s'est installée une belle relation, quasi filiale.
Ils n'ont pas choisi de faire la guerre, il n'ont jamais voulu être pratiquement enterrés vivants, sous le feu ennemi.


Un autre personnage, Marie, la promise du jeune piou-piou, nous racontera quant à elle sa vie de femme de soldat restée à Paris, à fabriquer des obus pour le front. Elle nous lira également certains des courriers échangés.

 

C'est cette vie absurde, c'est le quotidien de cette boucherie guerrière qu'a voulu raconter Grégory Duvall, l'auteur et comédien de la pièce.

Il a voulu nous montrer ce qui s'est passé, au plus fort de ce premier conflit mondial.

L'horreur, l'absurdité de la guerre, la vie dramatique et dérisoire des soldats, de leurs épouses.


Grégory Duvall n'est ni dupe ni angélique. Ses deux héros font le job. Ils ont tué. Et même beaucoup.
Pour autant, de grandes questions philosophiques et morales vont les assaillir.


Le libre arbitre, le meurtre autorisé par la société, "Et dieu dans tout ça ?", l'obéissance à des ordres imbéciles venus de vieilles badernes haut-gradées, (à ce propos, sera évoquée la mutinerie dont Kubrick a fait le sujet de son film "Les sentiers de la gloire", film de 1957, interdit en France, je le rappelle, jusqu'en... 1970... Si si...)


L'auteur et Jean-Claude Robbe, mis en scène de main de maître par Philippe Ogouz, sont ces deux soldats.

Tous deux, fort crédibles dans leurs rôles respectifs, nous racontent leur quotidien et leurs états d'âme. Bien vite, ils nous deviennent très attachants.
Il y a du Jacques Tardi dans leur façon de dire la guerre, avec les mots, avec les gestes.


Amala Landré interprète quant à elle Marie. Elle aussi est excellente, notamment lorsqu'elle chante une sublime version de la célèbre scie « Sous les ponts de Paris ».


C'est le soldat inconnu qui aura le dernier mot.
Tombé pour la France, mais surtout pour une paire de bottes prise à un soldat ennemi tué, il se relèvera. (Au théâtre, on peut se relever, lorsque l'on est mort.)


Il nous révélera alors comment il a été choisi pour reposer sous l'arc de triomphe. On pense alors au film de Bertrand Tavernier « La vie et rien d'autre ».
Mais surtout, il va nous asséner de terribles statistiques. Dix-neuf millions de morts, vingt-sept mille tués pour la seule journée du 22 août 1914, j'en passe et non des moindres...
Le public n'en mène alors pas large...


Je n'aurai garde d'oublier de mentionner la magnifique bande-son que l'on doit une nouvelle fois au spécialiste en la matière qu'est Michel Winogradoff.
Coups de feu, ambiances de combats, moteurs d'avions, cris... Du grand art.

 

Au final, le message passe et est bien compris : plus jamais ça !

Et l'on comprend évidemment pourquoi ce spectacle a reçu le label « centenaire » délivré par la Mission Centenaire 14/18.

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