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Mademoiselle Molière

(c) Photo Y.P. -

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La vérité sur un plateau de théâtre ! Avec un grand V !
Ce sentiment incroyable, troublant, qui consiste à se dire après la représentation : « Ce que j'ai vu ce soir sur scène n'a pas pu se passer autrement, dans la réalité de ce XVIIème siècle !»


Comme l'impression d'assister en temps réel au délitement d'un couple on ne peut plus mythique, Jean-Baptiste Poquelin et Madeleine Béjart, un couple que tous les amateurs de théâtre auraient rêvé de côtoyer.

 

Hier soir, je n'étais pas loin de cette rencontre-là.
J'ai assisté à la séparation de ces deux-là, Molière allant épouser Armande, la fille de son ex...


Nous sommes à Vaux-le Vicomte, chez l'Ecureuil, chez Nicolas Fouquet, le bientôt ex-surintendant des finances du jeune Louis XIV.

Jean-Baptiste et Armande vont jouer pour le prestigieux invité qu'est le roi.

Nous les verrons se préparer, se maquiller, entrer puis sortir de scène sous les ovations.


A partir de ce moment, grâce au remarquable texte de Gérard Savoisien, nous allons vivre "en direct" trois moments-clefs de la fin d'une histoire d'amour.
Tout d'abord, il s'agira de décrypter les indices subtils, puis de plus en plus explicites qui vont nous indiquer l'inéluctabilité de l'histoire.
Ensuite, ce sera l'annonce et l'aveu faits à Madeleine.
Et puis nous assisterons à la séparation à proprement parler.


Anne Bouvier et Christophe de Mareuil sont purement et simplement bouleversants.
Ils sont leur personnage, ils font plus que l'incarner, leur jeu est admirable de justesse, de crédibilité.
Nous sommes d'ailleurs souvent au-delà de ces deux critères.

Combien de fois ai-je eu la larme à l'oeil, tout comme eux, tellement les émotions nous submergent !


Lui, (et c'est un vrai compliment sous mon traitement de texte), lui dont le jeu m'a parfois fait penser à celui de Francis Perrin, est ce Molière rongé de désir, de passion amoureuse, mais également de culpabilité. Christophe de Mareuil joue magistralement avec cette ambivalence des sentiments.


Anne Bouvier est hallucinante : sa composition de femme humiliée (peut-on infliger pire outrage à une femme que de la quitter pour épouser sa fille ?) sa composition de femme humiliée, donc, est bouleversante.

Elle aussi est dans une incroyable progression sentimentale qui aboutira à des hurlements déchirants et à la résignation, l'acceptation forcée.


Ces deux-là parviennent à créer une tension dramatique qui jamais ne se relâchera, malgré la structure de la pièce, des petits instants de vie, séparés par des noirs-plateau.


Le metteur en scène Arnaud Denis a parfaitement su maîtriser la progression dramaturgique contenue dans le texte.
Il est parvenu également, grâce évidemment au talent des deux comédiens, à faire ressortir l'humour qui peut découler de certaines situations. (On rit également beaucoup !)
Il a intégré également fort judicieusement les trois extraits de l'Ecole des maris, des fâcheux, et de l'Ecole des Femmes. Coup de chapeau au passage à la scénographie d'Erwan Creff, qui contribue à mise en abîme, le théâtre dans le théâtre.


Nous sommes donc dans de multiples éléments de réussite qui font de spectacle un incontournable de ce début de saison !

 

Courez toutes affaires cessantes assister à cette pièce-là.
Un choc ! Une leçon de théâtre !

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