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Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

(c) Photo Y.P. -

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Au Lucernaire, et ce jusqu'au 19 août prochain, vous avez un bien beau bonjour d'Alfred !
Anne-Sophie Liban et Matthias Fortune-Droulers nous offrent une formidable adaptation de la célèbre pièce de Musset.


Mais qui seraient donc cette marquise et ce comte si le grand Alfred venait d'écrire cette pièce, début juillet 2018, et non plus en 1845 ?


Elle, ce serait une magnifique bobo, comme on en connaît tant, écoutant Juliette Armanet et son « Manque d'amour » (c'est la chanson lancinante de boboïsme qui accueille les spectateurs dans la salle du Paradis...), elle se trémousserait sur « L'amour à la plage », de Niagara.

Elle laisserait son vélo avec un panier devant le guidon sur son palier, aurait deux Macs portables, dont un lui servant de screensaver avec un feu de cheminée.

Elle ne raterait pas un épisode de Game of Thrones, et se ferait livrer des tas de bonnets de laine achetés sur Amazon.


Et qui serait celui que Musset apostrophe par « Vous autres, hommes à la mode... » ?
Lui serait un hipster, dégainant le hashtag et le LOL à tire-larigot, en costume à carreaux au pantalon ultra-court, laissant voir ses Stan Smith blanches, bretelles et nœud papillon sur chemise blanche à petits pois.
Il apporterait en guise de fleurs des carottes bio dans un sachet de papier kraft...


Les voilà, ces deux personnages d'aujourd'hui, qui vont se livrer à ce jeu du cache-cache amoureux.


Les deux comédiens-metteurs en scène ont eu la très bonne idée de nous proposer cette adaptation ultra-contemporaine et très burlesque.
Il fallait oser, le pari était risqué, mais au final, tous leurs parti-pris vont fonctionner à merveille.


Ces deux-là ont bien compris que le propre d'un grand auteur, c'est d'être titillé, chamaillé, bousculé, à condition, bien entendu, que le propos et les intentions soient respectés. Ici, c'est pleinement le cas.
J'ai même été sidéré de constater comment le texte de Musset, dit ici dans son intégralité, supportait ce traitement de choc, cette hilarante contemporanéité.


Cette fois-ci encore, comme ils auront du mal, cette marquise veuve qui reçoit le mardi et ce comte transi d'amour, à déclarer leur flamme !
Vont-ils tourner autour du pot à croquettes, ce chat et cette souris-là !
Chat et souris ? Oui, mais à la Tex Avery, à la Chuck Jones !

 

Melle Liban et M. Fortune-Droulers s'en donnent à coeur-joie.
Dans un rythme effréné générateur de situations loufoques (une arrivée hilarante devant la fameuse porte, qui cueille le public à froid pour ne plus le lâcher, une version mimée jubilatoire de la Khaleesi sur son dragon, de Tyrion Lannister face à un marcheur blanc, un running-gag très SIRI, des tentatives de suicides complètement déjantées...), nous allons suivre cette joute amoureuse très sérieuse qui ne dit pas son nom.

Car voici ce challenge fort réussi : le sérieux du propos est dit de façon on ne peut plus burlesque.

Les deux comédiens sont remarquables de drôlerie et de finesse, passant de la plus sage des tirades à une situation à l'humour échevelé.

Oui, les deux protagonistes l'ont bien compris, dans cette pièce, l'humour est bel et bien là, même si le chantre du romantisme étudie minutieusement les états d'âme de deux êtres qui se tournent autour en jouant au gendarme et au voleur sentimentaux.

Ils ne ménagent ni leur peine ni leurs efforts : après s'être couru après, giflés, battus, ils finiront en caleçon ou en caraco, le plateau sera dévasté et inondé.

Nous, durant cette heure et dix minutes, nos zygomatiques auront fonctionné à plein régime, mais ce sera pour mieux saisir la substantifique moelle du discours du grand Alfred.

Je vous conseille donc plus que vivement d'aller voir cette remarquable adaptation (je me répète mais l'épithète est totalement justifié).
C'est un spectacle brillant !

C'est l'amour à la plage (aouh cha-cha-cha)
Et mes yeux dans tes yeux (aouh aouh)
Baisers et coquillages (aouh cha-cha-cha)
Entre toi et l'eau bleue (aouh aouh).....

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E
Bravo à eux, ce Musset est d'une fraicheur remarquable.
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