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Feu la mère de Madame / Mais n'te promène donc pas toute nue !

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Deux pièces de Georges Feydeau pour le prix d'une. Raymond Acquaviva nous gâte !
Deux pièces de la dernière période feydolienne, l'une écrite en 1908, (Feu la mère de Madame), l'autre en 1911, (Mais n'te promène donc pas tout nue ! ).

 

Dans cette période plus sombre pour l'auteur, l'écriture a quelque peu changé.
Nous sommes passés du vaudeville à la comédie de mœurs.

Ce fin observateur de ses contemporains va une nouvelle fois porter un regard acéré, quasi sociologique sur le sujet qui n'a cessé de le fasciner : le couple.
Le couple et incompréhensions, ses chamailleries et ses disputes.


Dans la première pièce, nous allons faire la connaissance d'un couple populaire.

Lui rentre à quatre heures dix du matin du bal des Quat'zarts, elle, elle est déjà endormie.
L'auteur a connu personnellement cette situation. Il sait de quoi il parle...


La situation de départ est donc propice à bien des développements, mais le propos va bientôt bifurquer en raison d'un beau quiproquo.


Le metteur en scène a tenu à conserver la temporalité de l'action. Nous sommes bien en 1908.
Ce ne sera pas le cas pour la seconde pièce.


Dans celle-ci, nous voici transportés cette fois chez un couple bourgeois, de nos jours, en 2018.
Un député, ambitionnant de devenir Ministre des Outre-Mers, fait partie du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale. (Quelque chose me dit au passage que sa nomination au gouvernement n'est pas pour demain la veille...)

 

La meilleure preuve de cette contemporanéité est que son voisin et vis-à-vis n'est autre que son collègue parlementaire, un certain Jean-Luc Mélenchon, sans compter sa proximité politique avec Alexis Corbière...


Nous comprendrons donc aisément que le discours de Feydeau est à la fois universel et intemporel.
Il y aura toujours des histoires de couples, et ce, dans tous les milieux.

Raymond Acquaviva, Comédien Français de 1973 à 1986, connaît son Feydeau sur le bout des doigts. Il sait la mécanique infernale, l'horlogerie de précision nécessaires à une bonne mise en scène.
Les comédiens ne vont donc pas ménager leur peine et leurs efforts pour insuffler à tout ceci un rythme effréné et haletant.
Pas le temps de souffler, tout s'enchaîne à la perfection et à grande vitesse. Pas de temps morts !

 

Aurore Medjeber campe une Clarisse à la fâcheuse tendance à se balader en petite tenue devant les invités de son mari.
La comédienne possède une réelle vis comica. Elle déclenche l'hilarité des spectateurs en parvenant avec une belle aisance à magnifier la mauvaise foi de son personnage.
Ses regards outrés, ses sourires en coin, son petit geste leit-motiv pour faire redescendre le haut de sa nuisette sont jubilatoires.

Mathieu Marty incarne son mari, cet élu du peuple qui est persuadé que le manque de pudeur de sa femme va lui faire passer sous le nez son entrée au gouvernement.
Le comédien, barbu, ressemble comme deux gouttes d'eau à Edouard Philippe, notre premier ministre, ce qui renforce l'effet de contemporanéité.
Lui aussi est drôle, très drôle, tour à tour désarmé et exaspéré par le culot de sa femme.

Très belle partition également de Quentin Morant, le maire Hochepaix (p-a-i-x...) qui vient quémander une faveur ferroviaire.
Le comédien est parfait dans ce rôle de client politique, pris à partie par la femme de son député.
Son air outré, ses petits cris d'effroi lorsqu'elle lui demande de sucer sa fesse droite font beaucoup rire.

A noter également la jolie composition de Juliette Storaï en domestique alsacienne chaussée de charentaises, ce qui est mieux que l'inverse...
Aurélie Frère et Michaël sont eux aussi irréprochables.

On l'aura compris, c'est donc un très bon moment de théâtre qui vous attend au Lucernaire.
Un moment qui fait honneur à Feydeau !

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