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Eléphants

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Voici un spectacle à la fois fascinant et tellement nécessaire !


Tout a commencé en... 1576.
Cette année-là, Etienne de la Boëtie écrit un texte coup de poing intitulé « Discours sur la servitude volontaire ».


Dans cet essai publié alors qu'il n'avait pas encore atteint ses dix-huit ans, (même s'il faut relativiser le concept de jeunesse en cette fin de Renaissance), le jeune auteur dissèque la façon dont les hommes n'ont pas leur pareil pour délaisser leur liberté afin d'embrasser la condition de serfs de leur plein gré, se plaçant complètement et volontairement en totale obéissance et soumission à un tyran.


Cette thèse subversive, jamais démentie et toujours vérifiée, comporte beaucoup d'exemples tirés de l'Antiquité, censure oblige.


Dès les premières lignes sont mises en parallèle cette liberté plus ou moins sciemment abandonnée et la tyrannie érigée en modèle de domination. Le rapport de ces deux concepts entre eux est édifiant !


Ludovic Pouzerate porte ce texte en lui depuis de nombreuses années. Il a toujours pressenti qu'un beau jour, il apprendrait cet essai philosophique et politique afin de le restituer sur une scène.
C'est chose faite.

Il a lui-même adapté et mis en forme actuelle le texte, en lui conférant une écriture résolument moderne.

Il faut être très clair : ici, il ne s'agit pas de lire l'écrit de l'écrivain sarladais.
Il est question d'incarner les mots, un peu, nous dit le comédien dans sa note d'intention, comme la pratique dans la tradition chrétienne du « lectio divina » qui consistait naguère à apprendre un texte pour l'incarner et tenter de l'appliquer dans sa propre vie.
C'est un comédien au T-shirt représentant une méduse qui s'adresse à un public et non un simple lecteur.

L'homme prend un ton à la fois pédagogue et gouailleur, doté qu'il est d'un léger accent de banlieue parisienne qui convient parfaitement au côté moderne et populaire au sens noble du terme, à la Michel Onfray.

Pour donner corps au propos, Ludovic Pouzerate n'hésite pas à puiser dans l'actualité la plus récente.
C'est ainsi que pour évoquer les jeux comme moyen d'asservissement, il nous donne en exemple la coupe du monde de football. Le public ne s'y trompe pas et manifeste alors pleinement son approbation.

Autre exemple, quand La Boëtie catégorise trois sortes de tyrans, les deux premières étant le tyran qui prend le pouvoir par les armes et la guerre, la seconde le tyran qui hérite du job, le comédien insiste bien sur le fait que les pires tyrans sont ceux appartenant à la troisième catégorie, à savoir ceux volontairement élus.
Et nous autres de comprendre le sous-entendu quasi jupitérien...

L'homme n'est pas seul sur scène.
L'accompagne le musicien Pascal Benvenuti, alias Besoin Dead, en homme-orchestre des temps modernes.
Devant lui, deux guitares préparées, des éléments de batterie, une multitude de pédale d'effets lui servent à jouer une musique concrète très évocatrice, très porteuse d'émotions et de sensations.
Les cordes frottées, pincées, les accords dissonants, les rythmes lourds participent à souligner le propos de l'auteur et du comédien.
Lui, à la différence de beaucoup, joue tout en direct : pas de loopers, pas de boucles rythmiques pré-samplées.

Forme théâtrale oblige, les rapports entre les deux personnages sont omniprésents et très subtils. Des regards, des échanges silencieux mais éloquents soulignent eux aussi le discours énoncé.

Et les éléphants, dans tous ça ?
Je vous laisse découvrir ce que l'exemple de ces charmantes bêtes évoque à Etienne de La Boëtie et à Ludovic Pouzerate.

Voulez-vous que je vous dise ?
En ces temps de politiquement correct, de pensée unique, d'avilissement du propos politique, de la banalisation de la pensée, voici un spectacle qui fait vraiment du bien.
Une heure au sortir de laquelle on se dit qu'on n'est pas seul à penser que l'on tente par tous les moyens d'abêtir l'être humain, de le tirer vers le bas et de flatter ses bas instincts.

Qu'on l'asservit, quoi... Et le plus souvent, de son plein gré...

En témoigne cette photo pris au sortir de la Maison des Métallos... "La France" jouait à la baballe...

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

A la Maison des Métallos.

A la Maison des Métallos.

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