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Reconstitution

(c) Photo Compagnie Panta Théâtre - (Je ne vous propose pas la traditionnelle photo du salut final, qui dévoilerait trop la fin de la pièce...) -

(c) Photo Compagnie Panta Théâtre - (Je ne vous propose pas la traditionnelle photo du salut final, qui dévoilerait trop la fin de la pièce...) -

Coup de foudre.
Ils se sont aimés. Immédiatement. Véronique et Guy.
Et puis, le temps a fait son office. Le temps redoutable, l'impitoyable, le prédateur.
Les deux ont eu une fille, puis ils se sont déchirés, séparés.


Histoire banale, histoire courante. Combien nous sommes-nous reconnus hier soir dans ces deux personnages-là...
La vie a continué, elle aussi, sans rien demander à personne.


Pascal Rambert, de son écriture si personnelle, nous propose ce que seul le théâtre peut offrir : une véritable plongée dans l'histoire de ce couple, une reconstitution de l'intime, du dit et du non-dit.
Une reconstitution du premier moment, celui du coup de foudre originel par les deux protagonistes eux-mêmes, séparés depuis plus de vingt ans.


Ces deux-là veulent revivre et remettre en mots, en images et en forme cet instant initial qui n'a appartenu, qui n'appartient et qui n'appartiendra qu'à eux seuls.
Après avoir pris ensemble 1460 repas, ils vont dans un premier temps essayer de manger ensemble une 1461ème fois. Une cène sur la scène ?


Cette idée dramaturgique du retour à la source amoureuse est ici magistralement traitée, avec une force et à la fois une pudeur inouïes.


Oui, il s'agit de nous raconter ce qui est tellement difficile à exprimer, l'amour, l'intime, les blessures de chacun, il s'agit de montrer les sentiments éprouvés et les émotions on ne peut plus fortes avec la plus grande délicatesse, sans le moindre pathos de mauvais aloi.


Véro Dahuron et Guy Delamotte, les deux comédiens pour qui l'auteur a écrit cette pièce, vont être purement et simplement bouleversants. Ils ne jouent pas : c'est la vie qui est devant nous, c'est une existence même qu'ils vont dérouler pour nous.

Les deux sont prodigieux de vérité. Ce sont eux, c'est vous, c'est moi... Ils touchent à l'universel.


L'un des thèmes principaux de la pièce sera celui du corps.
« On devrait écrire l'histoire du corps... », dit le personnage de Véronique.
Parce que les corps changent, se modifient, évoluent avec le temps. Ils en sont le symptôme de l'inéluctabilité.
Ce corps, c'est avec lui que les deux ont dû composer, ensemble puis séparés. Impossible de faire sans. Tout au long de l'heure et demie que dure la pièce, ce thème du corps reviendra en permanence.


Il y a le fond, donc, mais il y a également la forme.
Pascal Rambert metteur-en-scène a imaginé paradoxalement pour exprimer ces sentiments précieux et délicats, un plateau froid, des tables métalliques, des lumières au néon très crues.
Sommes-nous dans une cuisine, un laboratoire scientifique, un institut médico-légal, la cave d'une morgue, les quatre à la fois ?


En tout cas, le paradoxe fonctionne à merveille. Dans cet espace étrange et glacial, l'intime et la pudeur vont pleinement éclore. C'est une formidable trouvaille dramaturgique et scénographique.


Et puis, il y aura la reconstitution en elle-même, le théâtre dans le théâtre.
Véronique et Guy construiront un castelet, planteront littéralement leur décor. Ils ont apporté quantité d'accessoires dans des cartons, ils emprunteront des outils, une machine aux techniciens-régisseurs, ils feront leur propre lumière. Lui a écrit un texte sur une feuille pliée en quatre, qu'ils vont « jouer » devant nous.
Le procédé, s'il n'est pas original, est ici éblouissant d'efficacité et d'à-propos.

 

La scène finale arrivera, intense, belle, bouleversante.
Le retour absolu en arrière, la relecture de soi, de l'autre.
Et ce que je ne veux pas raconter.

Je défie quiconque de ne pas avoir alors le cœur serré, les tripes qui se nouent et les yeux qui se brouillent.
Ce fut mon cas.

Je vous conjure d'aller voir cette reconstitution-là.
C'est un moment de théâtre contemporain intense et passionnant à ne pas manquer, comme il y en a finalement très peu.

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