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ABC D'AIRS

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Mais quel plaisir de retrouver Anne Baquet et Claude Collet qui m'avaient complètement ravi la saison passée lors de leur spectacle « Soprano en liberté », ici-même au Lucernaire !


Cette fois-ci, les deux demoiselles, l'artiste lyrique et la pianiste-concertiste ne sont plus seules sur scène.
Elles ont été rejointes par deux autres musiciennes pour former un quatuor assez improbable, tout du moins sur le papier : à la voix de soprano et au piano, se sont ajoutés la contrebasse de Amandine Dehant ainsi que le hautbois et le cor anglais de Anne Régnier.


Pendant une heure et trente minutes, les quatre demoiselles vont nous proposer un florilège alphabétique de musiques plus ou moins savantes, sérieuses, classiques.
Le principe est très simple : vingt cinq courts morceaux répertoriés grâce à l'initiale de leur titre.


Pendant cette heure et demie, elles vont nous enchanter. Je ne peux trouver d'autre verbe qu'enchanter !


Toutes sont des virtuoses avant tout. Elles nous le démontrent, sans afféterie ni fatuité aucune, tout au long du spectacle.
Que de technique, que d'émotion et de sensualité, également !


Mais elles ne s'arrêtent pas en si bon chemin.
Les quatre sont également d'excellentes comédiennes, qui s'approprient physiquement ces morceaux difficiles.
Elles jouent sur plusieurs niveaux, le plus souvent avec un vrai décalage comique.
Elles ne se prennent pas au sérieux, et nous font énormément rire.
(La version de « XY » de Ricet Barrier et Bernard Lelou est désopilante, tout comme l'imitation du chameau et d'une Walkyrie par Anne Baquet !)


Le metteur en scène Gérard Rauber a évidemment exploité la vis comica de ses interprètes.

Oui, il y a une dimension burlesque, clownesque dans tout ça qui fait mouche à tous les coups.


Il a demandé beaucoup, notamment d'un point de vue physique. Les filles n'arrêtent pas d'évoluer sur le plateau, de bouger, d'imager visuellement leurs interprétations.

Elles virevoltent avec leur instrument, montent sur le piano, vont chercher des accessoires... (Ah ! Cette mélodica...)
La chorégraphie qu'exécute Amandine Dehant avec sa contrebasse sur une espagnolade de Serge Lancen est à cet égard exemplaire. L'instrument devient alors un personnage à part entière.


Parfois, l'ensemble instrumental devient un ensemble vocal de très haute volée.

Si Anne Baquet est la talentueuse soprano que l'on connaît, les trois autres ne donnent pas leur langue au chat. Là encore, ce sont de grands moments musicaux.

Des jeux de diction, des intermèdes savoureux, des airs du répertoire, des classiques très favoris, mais aussi des citations de Dalida, Donna Summer, Queen, j'en passe et non des moindres, seront interprétés avec la même maestria.

On notera également l'exécution d'une œuvre contemporaine extrêmement difficile de John Cage, intitulée 4'33'' (1er Mvt). Le public est alors médusé par tant de technique instrumentale et vocale. Je vous conseille vivement ce moment d'anthologie et de musicologie.

Oui, ce spectacle remarquable à tous points de vue fait partie de ceux pour lequel votre serviteur n'a qu'une envie après le dernier rappel et les derniers saluts : écrire le plus vite possible sa critique pour tenter de faire partager du mieux qu'il peut le plaisir et le bonheur qu'il a ressentis.

C'est un spectacle dont on sort sur un petit nuage musical, le cœur léger, l'esprit rempli de jolies notes et d'émotions plus belles les unes que les autres. Un spectacle qui vous rend joyeux !

Au soir de la deuxième représentation, je peux vous assurer que c'est d'ores et déjà un moment artistique incontournable de cette fin de saison 17/18.

Quel dommage, au passage, que notre alphabet ne compte que vingt-six lettres !

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