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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Opéraporno

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Opéra et pornographie réunis, vous en rêviez ?
Pierre Guillois l'a fait. Il est passé à l'acte. Et quel acte !


L'auteur de cette désopilante pochade s'est aperçu que l'opéra n'avait jamais abordé le registre pornographique.
Tel un Don Quichotte du Manche, il a décidé de remédier à cet état de fait, et il a donc concocté cette « opérette ordurière » pour reprendre ses mots.


Ici, la pornographie répondra à la définition suivante : représentation à caractère sexuel de sujets, de détails obscènes dans une œuvre littéraire.
Voyeurs, mateurs et autre flashers plus ou moins professionnels, passez votre chemin : vous ne vous rincerez pas l'oeil. Ou si peu...


Le porno de Pierre Guillois va consister à mettre en scène une série de tabous, et notamment l'inceste, la scatologie et autres perversions, au sein d'une famille de trois générations : un homme, sa seconde femme, son fils et la grand-mère.
Un quatuor on ne peut plus porté sur la chose.


Si le propos fonctionne à plein régime, c'est qu'un ingrédient majeur et essentiel compose la recette : le rire.
Et quel rire ! Un rire de dérision, un rire de subversion, un rire salutaire, un rire qui sert d'exutoire, de défouloir !

 

Sur le plateau se disent des choses grossières, obscènes, grivoises, salaces (en un seul mot), mais jamais vulgaires. La vulgarité, ce n'est pas de dire des gros mots. La vulgarité c'est bien autre chose.


J'ai hurlé de rire devant les aventures érotico-porno de ces quatre-là.
Ca en devient jouissif : rares sont les espaces actuels où l'on peut rire « de la chose » et du tabou à ce point.
C'est tellement gros (suivez mon regard...) que ça en devient un vrai bonheur.

Qui dit opéra dit musique, bien entendu.
Nicolas Ducloux a composé les parties vocales, et il accompagne les chanteurs-comédiens au piano, avec Jérôme Huille ou Grégoire Korniluk au violoncelle.

Le décalage est épatant : des airs de musique lyrique très sérieux avec des paroles évoquant la sodomie, le fisting ou le bon usage du godemiché, j'ai trouvé tout ceci drôlissime.

Bien entendu, il fallait quatre sacrés artistes pour se lancer dans une telle aventure lyrico-érotico-porno-scato, et j'en passe, tous se terminant par « o ».

La remarquable soprano Laura Neumann est Clothilde, la mère. (Inversez les voyelles de son prénom, pour voir...)
Melle Neumann s'en donne à cœur joie. Sa partition lyrique pas si évidente que cela met en valeur son talent vocal. C'est un bonheur de l'entendre chanter suavement ces délicieuses paroles plus crues les unes que les autres.

Son priapique beau-fils est interprété par Flannan Obé.
Les deux se connaissent bien, et cela se sent. Le jeune ténor ne ménage ni sa voix ni sa peine, et donne beaucoup de sa personne.


L'excellent François-Michel Van der Rest est le père qui se verra beaucoup rétréci au cours de cette heure et vingt cinq minutes. Lui aussi nous régale, en pater familias complètement dépassé par les événements.

Et puis la grand-mère indigne !
C'est Jean-Paul Muel qui joue la vieille. Il est véritablement truculent. (Honni soit qui mal y pense...)
C'est lui qui déchaîne bien souvent l'hilarité générale dans la salle, y compris avec son petit couplet post-saluts et rappels.
A chacune de ses interventions, l'immense majorité de la salle a mal aux zygomatiques.

Oui, retrouver l'esprit de Reiser, de Cavanna, m'a replongé dans bien des délices et bien des souvenirs littéraires de jeunesse.
En ces périodes où nos sociétés coincées, sous un vernis faussement libertaire, se repaissent de politiquement correct, de pudibonderie et de doigt sur la couture, ça fait quand même du bien d'entendre parler librement et sans tabou de Cul.

Et qui plus est de l'entendre chanté, ce Cul ! (Au passage, on notera dans cette précédente phrase l'importance du participe passé...)

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