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Mon Lou

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Laissez parler les plus ou moins p'tits papiers !


Coup de fLOUdre en 1914, entre Guillaume Apollinaire, écrivain de son état, et Louise de Coligny-Châtillon. 
Ces deux-là s'aiment dès le premier regard, mais à la suite d'une incompréhension, lui s'engage dans les troupes françaises, à Nîmes.


Lou le rejoint. La passion amoureuse, sensuelle, charnelle dure huit jours.
Le conflit fait rage et le front appelle Guillaume.


Entre l'homme de lettres devenu par la force des choses homme de guerre et sa muse, son étoile, va s'ensuivre une correspondance amoureuse et poétique.


Le papier, dans cette époque sans smartphone, sans Instagram et Facebook, le papier sera évidemment le seul vecteur de cette épistolaire liaison.


Oui, le papier.
Le papier de la page blanche, le papier sur lequel on écrit l'amour et le manque de l'autre.
Le papier de la lettre que l'on plie, que l'on déplie, celui sur lequel on trace les destinées.


Moana Ferré, qui interprète Lou, et son metteur en scène Christian Pageault ont très judicieusement choisi ce support qu'est le papier comme vecteur de cette belle heure de théâtre poétique.


La comédienne apparaît, vêtue d'une jolie robe écrue (est-ce une robe, est-ce une chemise de nuit, chacun se fera son opinion...), pieds nus, avec un paquet de lettres dans les mains, pliées à la façon origami


Elle s'assoit sur un banc, déplie la première. Elle rit.
Un rire clair, un rire vrai, un rire qui nous accroche d'emblée.


Elle va nous dire les poèmes et la correspondance écrits par le soldat-poète pour son personnage. Elle va nous faire connaître les réponses et les sentiments brûlants de Lou.
Avec beaucoup de sensualité, avec beaucoup de justesse, avec beaucoup de force et de douceur mêlées.


C'est une femme éperdument amoureuse qui se tient devant nous, une femme en manque de son homme, qui le désire, qui pense à lui de façon plus ou moins érotique.


La comédienne s'allonge sur le sol, sur le banc, pose sa main sur son ventre... Je vous conseille de regarder ses jolis pieds, les orteils se crispant parfois d'une façon qui peut en dire très long...


Elle ne va pas faire que dire.
Dans un deuxième temps, elle se change, en coulisse, pour réapparaître en combinaison noire, avec dans les bras un grand rectangle plié d'un papier plus ou moins froissé et de fort grammage. Elle l'étend sur le banc, s'en sert de drap.


Puis, pendant qu'elle continue d'exprimer la passion amoureuse, elle va à grands coup de brosse, de pinceau et d'encres de couleur ocre et noire, elle va styliser la forêt dans laquelle se bat l'être aimé, qui continue à écrire sa passion, mais également ses doutes et ses angoisses.


Le moment est magnifique, alliant le fond de la poésie et la forme plastique et picturale.

(Vous aurez noté au passage que chaque soir, le spectacle sera donc différent...)
La scénographe et plasticienne Isabelle Jobard a ainsi initié une vraie beauté formelle.


Un « troisième acte » nous sera proposé, durant lequelle Melle Ferré jouera avec des images video abstraites projetées sur un grand rouleau, lui aussi de papier. Elle devient purement et simplement Apollinaire.

 

J'ai été subjugué par ce spectacle qui est bien autre chose que la « simple » évocation de la correspondance entre Apollinaire et sa muse.


Ici, nous sommes vraiment dans une création visuelle très forte, très accomplie, très aboutie.
C'est une heure de vrai théâtre qui est proposée au Paradis du Lucernaire.
Un seul en scène intense, inspiré, esthétique et beau.

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