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Miss Nina Simone

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

« Oh sinnerman, where you gonna run to ?

Sinnerman, where you gonna run to ?
All on that day,

We got tu run to the rock... »


Qui n'a jamais écouté cette chanson « Sinnerman », qui figure au passage dans le film « L'affaire Thomas Crown » ?

Qui ne connaît pas « Feeling good », « My baby just cares of me » ou encore ses versions tellement personnelles de « Ne me quitte pas » et de « Mr Bojangles » ?

 

Nina Simone fait en effet partie de ces artistes qui appartiennent au patrimoine culturel de l'Humanité.


Jina Djemba a eu la très bonne idée d'adapter le roman que Gilles Leroy a consacré à cette légende de la musique.

 

Dans cet ouvrage, et donc dans cette pièce, nous nous trouvons le plus souvent à Marseille, dans la propriété de Nina Simone, à la fin de sa vie.
Elle va engager Ricardo, homme de ménage philippin, factotum, intendant, confident, et aussi, il faut bien l'admettre, souffre-douleur.


Ce sont les relations très fortes entre ces deux personnages qui vont constituer les ressorts dramaturgiques de la pièce.
Miss Simone la bipolaire, la maniaco-dépressive, la star alcoolique va se livrer à Ricardo, elle va se souvenir, elle va dire sa vérité. Ou plutôt ses vérités.


La comédienne d'origine russo-camerounaise Jina Djemba incarne Nina Simone. La comédienne parvient sans problème à nous faire croire à son personnage de vieille dame plus ou moins insupportable, plus ou moins acariâtre, mais tellement attachante.


Nous sommes vraiment en face de l'immense artiste qui n'a pas oublié ses luttes, ses combats, sa volonté première d'être une pianiste classique, qui va rappeler son admiration pour Maria Callas et sa détestation de Billie Holliday.


La jeune femme ne fera pas que jouer (très bien) la comédie.
Elle va interpréter plusieurs titres de la chanteuse.
De sa voix chaude et colorée de mezzo-soprane, sans chercher à imiter trivialement son idole, elle nous donne sa version des chansons de Nina Simone.


Le résultat est enthousiasmant.

La tessiture de Melle Djemba est assez impressionnante. Celle-ci monte dans les aigus avec aisance, et elle aborde le registre grave avec un très beau timbre et beaucoup de grain.
Bien des émotions se dégagent de l'interprétation de ces succès.

 

C'est Valentin de Carbonnières qui interprète Ricardo le majordome-intendant.
Il est très drôle, et souvent très émouvant, dans ce rôle de souffre-douleur lui même en proie à l'éloignement familial.
Le duo fonctionne à la perfection. La mise en scène efficace, comme à l'accoutumée, d'Anne Bouvier permet aux deux comédiens de constituer ce couple étonnant et détonant.

 

Valentin de Carbonnières interprétera une autre partition, hilarante celle-là. Une vraie scène de comédie s'installe alors entre les deux. Je ne vous en dirai pas plus.
 

Côté jardin, Julien Vasnier nous fait entendre la musique qu'il a composée, à base de séquences numérisées qu'il déclenche lui-même.
J'espère que lors des prochaines représentations, le système fonctionnera parfaitement. Hier, des incidents techniques ont émaillé le spectacle, créant des bruits ou des silences intempestifs, ainsi qu'une agitation assez désagréable.
Il joue également un peu de guitare, un peu de flûte et un peu de human beat-box.

 

Au final, j'aurai assisté à un bien beau et bien émouvant spectacle musico-biographique.
Le théâtre a aussi cette fonction de nous révéler des pans plus ou moins tus, oubliés ou inconnus de la vie de personnages célèbres.


Ici, l'objectif artistique de Jina Djemba est pleinement rempli. L'hommage qu'elle rend à Nina Simone est très réussi.
Je défie d'ailleurs quiconque de ne pas sortir de ce spectacle en fredonnant l'un des titres mentionnés plus haut !

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