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Faust

(c) Photo Y.P. -

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Mais qui donc a décrété qu'il y avait de la magie, fût-elle nouvelle, dans cette adaptation du Faust de Goethe ?


Je sais bien ce que j'ai vu, tout de même : Christian Hecq et Elliot Jenicot lévitant à qui mieux mieux et défiant toutes les lois de la physique et de la pesanteur, un feu follet arrivant à toute vitesse vingt centimètres au dessus de ma tête, Anna Cervinka se consumant dans des flammes rougeoyantes ou encore Laurent Natrella dansant avec une petite lune !


Voir ou ne pas voir, croire ou ne pas croire ?
Telle n'est pas la question !


Ici, il est seulement question de s'enivrer de sensations « surnaturelles » et de comédie.
La magie est nouvelle car elle est au service d'un autre art, les effets techniques, visuels et sonores sont destinés à sublimer une pièce et à servir et prolonger l'interprétation des comédiens.


La magie et la grande illusion permettent d'aller encore plus loin dans l'exploitation et la restitution d'un texte dramaturgique.
Un texte qui se prête évidemment aux sortilèges, aux apparitions, disparitions et autres sidérants effets. On connaît le propos faustien, un pacte métaphysique, un contrat immoral entre un homme et le Malin. Un être humain qui n'en peut plus de sa condition d'Homme.


Valentine Losseau et Raphaël Navarro ont réussi leur pari d'introduire cet art de la magie sur un plateau de la Comédie française.
Si les débuts de la production furent difficiles m'a-t-on dit (difficultés techniques, difficultés de mise en place, la première retardée...), après trois semaines d'exploitation, tout est remarquablement au point.


Assis au sixième rang, j'ai été purement et simplement bluffé.
Au point de me laisser complètement aller et d'oublier qu'il y avait (probablement, allez savoir... ) des « trucs »...


Spectacle de magie, certes, mais surtout spectacle de théâtre.
Les comédiens jouent, et bien, comme à l'accoutumée. Avec en plus, un énorme challenge : exécuter les difficultés techniques des illusions.
Quel travail, quelle précision tout ceci a dû demander ! Une vraie gageure, un vrai défi.
Le talent habituel avec d'autres disciplines à maîtriser, si l'on inclut les marionnettes, la manipulation et les ombres chinoises...

Le duo Hecq-Natrella fonctionne à merveille.
L'opposition des caractères de leurs personnages respectifs est assez jouissive.
Beaucoup de tension dramatique mais également beaucoup d'humour se dégagent des rapports de ces deux-là.

Christian Hecq fait ce pour quoi on l'adore. Bien entendu que l'on retrouve des mimiques et des attitudes du père Nonencourt, de Bouzin, de Sosie, de Gubetta, de M. Duflot.
C'est pour cela qu'on l'aime !
Il est drôlissime, mais il est également très inquiétant. Parfois, il m'a glacé, prenant une voix grave, et passant d'un Méphistophélès primesautier au plus noir des Belzébuth !

 

Laurent Natrella est émouvant en toubib avide de connaissance universelle et d'amour charnel. C'est lui qui a le plus de texte. Il est totalement passionnant dans ce rôle exigeant, avec beaucoup de registres différents.

Elliot Jennicot et Benjamin Lavernhe s'en donnent à cœur joie, le premier notamment en sorcière plus qu'extravagante, et le second en directeur de théâtre très rufien !

Melle Cervinka est une Marguerite qui, certes, ne rit pas de se voir si belle en se miroir, mais qui fait bien notre bonheur néanmoins. Elle est totalement crédible dans des scènes qui sont assez « casse-gueule »...

Quant à Véronique Vella, elle m'a une nouvelle fois enchanté, notamment dans une remarquable scène de comédie, dans laquelle elle « drague » éhontément le Malin. Si si !

Pendant presque trois heures, j'ai retrouvé mon âme d'enfant s'émerveillant devant une histoire surnaturelle, je me suis totalement « lâché » à perdre pied devant la poésie de l'inexplicable et de l'inexpliqué.
Ici, le résultat est trop beau pour que l'on sorte de la salle en se demandant « mais comment font-ils donc ? »
Ici, il s'agit d'abandonner raison et logique, de s'immerger dans une féérie même maléfique, de se fondre dans la fantasmagorie, et surtout, de ne pas chercher à rentrer dans les détails.


Après tout, le seul qui se complaît à se nicher dans les détails, c'est bien lui : le Diable !

 

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