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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Une chambre en Inde

(c) Y. P. -

(c) Y. P. -

Tout est parti d'une virée en Inde.
Oh ! Pas une petite virée, non. Une véritable expédition à Pondichéry !


Ariane Mnouchkine a emmené toute l'équipe du Théâtre du Soleil, là-bas, au delà des terres et des océans.
A la recherche du théâtre perdu ?
Presque.


A la recherche d'autres formes, d'autres visions, d'autres conceptions dramaturgiques.
Nous allons en effet découvrir le Terukkuttu, ce théâtre très ancien « de basse caste », originaire du Tamil Nadu, un état du sud de l'Inde.
Nous verrons et entendrons des comédiens-danseurs-chanteurs indiens, qu'Ariane Mnouchkine a invités en retour à Paris. Cette plongée dans le Mahabharata, la mythologie indienne, sera fascinante. Nous assisterons émerveillés au dérobement de Draupadi ou encore à la mort de Karna.


Nous voici donc dans une guest-house indienne, dans une chambre, plus précisément.
Une femme essaye de dormir. C'est Cornélia, assistante-metteure en scène du directeur de troupe, M. Lear (si si, comme qui vous savez...), qui doit absolument trouver une idée pour la prochaine production de la troupe. (La compagnie est invitée par l'Alliance française locale.)


Nous allons évidemment très vite comprendre que cette Cornélia, c'est un double, une projection, une alter-ego de la « patronne » des lieux. Dans Cornélia, on trouve toutes les lettres d'Ariane.


Elle va en baver, Cornélia, pour trouver l'inspiration, tiraillée qu'elle va être entre les coups de fil de son amie Astrid, ses rêves, ses cauchemars, la tutelle qui lui demande de justifier sa subvention, j'en passe et des pires...


C'est la magnifique Hélène Cinque qui incarne ce personnage très haut en couleurs, et ce pendant les trois heures et cinquante minutes du spectacle.
Avec une énergie folle, une fureur de jouer et un abattage hallucinant. Qu'est-ce qu'elle nous fait rire !


Vont se succéder une multitude de saynètes, constituant un torrent, un foisonnement, un bouillonnement d'images, de sons et de textes.


Bien entendu, au delà de la dimension théâtro-ethnographique de l'entreprise, Mme Mnouchkine va faire ce qu'elle sait si bien faire depuis un certain temps : son théâtre va interroger sans concession notre monde et va nous renvoyer une terrible image de cette société dans laquelle nous vivons.

Un panorama terrifiant des dérives humaines sera passé à la moulinette, tout ceci grâce à la distanciation, au décalage de l'humour, de la dérision, du rire.

Nous verrons des terroristes, des fanatiques, nous rencontrerons des hommes malmener et vendre des femmes, nous réfléchirons à problèmes posés par les modifications climatiques. (Le moment des nappes phréatiques est impayable !)


D'incroyables scènes plus drôlissimes les unes que les autres nous seront proposées.


Je retiendrai quant à moi cette « énorme » séquence dans laquelle des pieds-nickelés de Daesh tentent de tourner un film de propagande dans le désert, avec en fond sonore la B.O. de Lawrence d'Arabie.
C'est absolument jouissif et tout ceci déclenche l'hilarité générale. Faire passer ces salopards pour de fieffés crétins incultes est jubilatoire et tellement sain !

Des scènes émouvantes seront également jouées, notamment l'une qui montrera que le théâtre est une incroyable manière de résister.

Sans oublier toute une saine et nécessaire réflexion sur le théâtre, son utilité, son mode de financement, ses subventions (avec une scène jubilatoire...)
 

Sur le plateau, pas moins de trente-cinq acteurs, tous incroyablement investis ne nous lâcheront à aucun moment, et ce, durant les deux-cent vingt minutes du spectacle. 

J'allais oublier : nous rencontrerons également Mister Shakespeare et son valet, ainsi que le camarade Tchekhov accompagné des célèbres trois sœurs. Tous permettront-ils à Cornélia de trouver enfin l'Idée avec un grand I ?
Je vous laisse découvrir par vous mêmes.


Un dernier personnage très célèbre viendra conclure de bien belle manière la pièce, en nous rappelant non sans mal son message universel de paix et de démocratie.
C'est un final très émouvant.

Quel immense spectacle ! Quel moment de théâtre total !

 

« Quant à ceux qui pensent que les théâtres ne sont pas indispensables, n'en déplaise au Mahatma Ghandi, qu'on les zigouille ! »

Mme Mnouchkine, on vous aime !

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