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Un mois à la campagne

(c) Photo Y.P. -

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Tourgueniev, Françon, Vinaver, Grinberg, Lescot, Avinée, Ferran, Côte et les autres...
Avouez que c'est une affiche qui fait rêver, non ?


Dans le cas présent, il n'y a pas que l'affiche.
Ce que j'ai vu hier soir au Déjazet relève, comment dire, de la perfection pure et simple.


Un moment de grâce, un moment durant lequel le théâtre vous absorbe, vous happe, vous exfiltre de votre maussade quotidien.

Alain Françon nous offre (je ne vois pas d'autre verbe possible...) deux heures sublimes de délicatesse, de subtilité et d'élégance.


Sa mise en scène de cette pièce censurée une quinzaine d'années à sa sortie, bénéficie dans un premier temps de l'excellente traduction de Michel Vinaver.

Le texte est actuel, contemporain, vif et drôle.


La réussite de Françon est tellement manifeste que très vite j'ai oublié où j'étais.


Oublié le théâtre ! Sur le plateau, c'est la vie en Russie dans la deuxième moitié du XIXème siècle qui se déroule.

On ne nous raconte plus une histoire, nous sommes au milieu de ces bourgeois, au milieu du domaine familial, nous vivons avec eux leurs tourments, leurs passions plus ou moins contrariées.


Tout au long de ces deux heures enchanteresses, les tensions émotionnelles, les non-dits amoureux, les difficultés d'aimer à sa guise pour une femme mariée, tout ceci va nous passionner.


Natalia Petrovna est en effet amoureuse du tout nouveau, jeune et beau précepteur de son fils.
« Prise en tenailles » entre son mari et un poète invité qui aimerait être beaucoup plus que son sigisbée, (Tourgueniev se projetait dans ce personnage, lui-même amoureux fou d'une chanteuse mariée), elle se débat dans les affres de l'amour contrarié.


Annick Grinberg est cette Natalia Patrovna-là.
Elle est époustouflante. En grande amoureuse, elle incarne la passion de l'âme russe , avec les atermoiements et les déchirements qui vont avec.
De sa voix et de sa diction reconnaissables entre toutes, elle nous donne un récital. Une cantatrice des mots. Toutes ses répliques sont un régal de précision et d'intensité.
Un pur bonheur que de la voir et de l'écouter.


Rakitine, c'est Micha Lescot.
Grand, mince, élégant tel un dandy en villégiature, dans un magnifique costume trois-pièces, un rien désinvolte, sur un ton un peu hautain, condescendant, le comédien étincelle dans une partition axée dans le registre des amours contrariées.

Nicolas Avinée, une fois de plus, nous enchante également en Beliaev, précepteur tout en jeunesse fougueuse.


Catherine Ferran , sociétaire honoraire de la Comédie Française est une Anna Semionovna impressionnante.

Son regard à la toute fin de la pièce, dans un très long et très délicat fondu au noir est magnifique.


Jean-Claude Bolle-Redat déclenche aussi bien des rires en Bolchinstov, lui aussi amoureux transi n'osant pas déclarer sa flamme.


Laurence Côte est une Lizaveta de bien belle tenue.


Quant à la toute jeune India Hair, elle campe Véra Alexandrovna, la fille de la maison. Elle réussit à jouer à la fois la candeur, l'innocence mais aussi une forme de duperie qui caractérise cette jeune fille au sortir de l'adolescence.
Une bien belle prestation, également.

A noter que Maryse Estier, élève-metteur en scène à la Comédie française l'an passé, et qui va donner ces jours-ci sa première mise en scène au à la Comédie de Genève, Maryse Estier assistait Alain Françon.

Il me faut mentionner également les beaux décors tout en rigueur et en suggestion de Jacques Gabel.

Ne manquez donc surtout pas ce mois à la campagne et au théâtre Déjazet.
Ce magnifique spectacle, ce moment admirable de théâtre est une sortie incontournable de cette fin d'hiver.

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