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Pour trois soeurs

(c) Photo Y.P. -

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Il fallait oser.
Il fallait être certaine de son fait pour mélanger son propre texte à celui du grand Tchekhov.
Elle a osé. Et elle a très bien fait, Agnès Bourgeois.


Tout est parti d'une phrase entendue au téléphone en 2004.

« Je ne survivrai pas à la mort de Papa », faisant écho à la célèbre réplique de la pièce Les trois soeurs : « Père est mort il y a juste un an, je me disais que je n'y survivrais pas ».


Un traumatisme familial allait donner lieu à ce très intéressant objet dramaturgique.


Melle Bourgeois n'a gardé que les mots et la parole de Macha, Olga et Irina. Elle a très intelligemment inséré les siens dans l'espace littéraire laissé ainsi vacant.


Ces trois personnages sont presque quatre sur le plateau. Le cadavre du père est là, posé sur une table recouverte d'un linceul immaculé.


Mais le propos sera bien plus complexe que la seule disparition paternelle.


Agnès Bourgeois connaît bien la notion de sororité.
Elle-même a fait partie d'un trio sororal.
Elle aussi a connu les joies, les peines, les tendresses, les jalousies qu'éprouvent trois sœurs, elle aussi a été confronté au partage des secrets, des confidences.


J'ai employé le passé composé.
Les trois sœurs Bourgeois ne sont plus que deux, depuis que l'une d'entre elles a choisi de quitter notre monde.


On comprend évidemment la démarche de la metteure en scène, comme pour peut-être mettre des mots sur le drame, l'exorciser et peut-être également fournir un exutoire de résilience à ce départ définitif.


Elle apparaîtra sur scène nous tournant le dos, nous laissant découvrir un chignon bien sévère.


Elle est seule.
Elle retrouvera Valérie Blanchon (je me souvenais d'elle dans "Nos éducations sentimentales"), et Muranyi Kovacs, les deux autres comédiennes pour entamer une sorte de course triangulaire, une espèce de jeu de chaises musicales à rebours. Ici, les sœurs apparaissent au fur et à mesure.


Toutes les trois nous feront finalement face, chacune arborant bien visiblement une perruque ainsi qu'un manteau trois-quart.
Comme un uniforme de sœur.

Un canapé sur le plateau, la table et un blanc. Trois paires de chaussures. Ce sera tout.
Plus un accessoire qui ne servira qu'à la toute fin de la pièce.


Ici, pas de fioritures. Les propos est austère, la mise en scène et le jeu des comédiens ne prêtent guère à la gaudriole.

Les trois comédiennes savent faire résonner le propos tchékhovien avec la propre histoire d'Agnès Bourgeois.

Parce que le texte du grand Anton, suffisamment universel, permet cette sorte de mise en abyme.

 

De très beaux moment de jeu nous sont proposés, des moments très justes, très vrais, très prenants.


Elles parviennent à nous émouvoir, car il y a quelque chose de bouleversant à constater la volonté réelle et celle imaginée par le grand auteur russe de poursuivre, de continuer à vivre, coûte que coûte.

Ces trois sœurs en comédie nous offrent un très fort et très intense moment de théâtre. Même si l'on n'a qu'un frère.

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