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Les bijoux de pacotille

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Une boucle d'oreille. Des bracelets.
Des bijoux de pacotille.
Noircis, brûlés, calcinés.


Voici tout ce qui reste d'un accident de la route. Et deux corps tout aussi calcinés. Un père et une mère.
Un couple laissant par la force des choses une fillette de huit ans et son petit frère dans les pattes d'un baby-sitter dont ce sera la première et dernière expérience en la matière.


Céline Milliat Baumgartner a été cette fillette là.
Bien des années après le drame, elle va raconter, après avoir posé longtemps après les mots, en 2013.


Elle va nous dire les faits. Elle va nous expliquer ce qui s'est passé et les suites de ce qui s'est passé.


Ce texte, c'est avant tout une réflexion profonde sur cette prodigieuse capacité qu'a notre cerveau à produire des souvenirs.
« Souvenirs attention danger ! », chantait Lama. Vraiment ?


La comédienne arrivera avec des souvenirs dans ses poches, et d'autres rangés dans une boîte, qu'elle apporte sur le plateau.
Pourquoi se souvient-on, comment se souvient-on, faut-il se souvenir ?
Ces souvenirs sont-ils une denrée périssable, ou bien sont-ils à jamais gravés dans notre matière grise ?
Les mots qui seront prononcés nous les communiqueront, ces souvenirs terribles, même si ce n'est pas forcément une image, notamment en ce qui concerne les bijoux, mais des sons.
Des parfums, des odeurs, des objets...


De bien beaux mots seront dits, parce que de bien beaux mots ont été écrits. C'est son très beau texte qu'a elle-même adapté celle qui est devant nous.

 

Ces mots sont bruts, tranchants, acérés, sans concession, souvent sans affect. Ici, pas de pathos, pas de misérabilisme.
La vérité, la vie, l'absence de vie et leurs conséquences sont dépeints.

Voilà, c'est ce qui s'est passé, c'est comme ça et avec ça qu'il a fallu se construire.


Nous connaîtrons les relations plutôt compliquées mère/fille, père/fille, nous saurons le déroulé et les suites du drame, nous verrons les réactions de proches, des copains d'école...

Céline Milliat Baumgartner interprète son texte avec parfois une sorte de distanciation qui rend le personnage très ambivalent.
Elle est cette jeune fille et elle la regarde, cette jeune fille. Comme si elle était à la fois sujet et objet. De grandes projections video renforcent cette impression de dédoublement.


Cette belle idée est renforcée par la présence d'un gigantesque miroir au dessus d'elle.
Pauline Bureau, la metteure en scène, s'est servi de ce dispositif pour créer cette sorte de double.

Nous voyons deux comédiennes, nous sommes en présence de deux personnages, l'une qui dit, et l'autre, que fait-elle ?


Ce miroir au verre piqué symbolise également ce lourd passé, écrasant et omniprésent. Avec lequel il faut vivre, parce qu'il est là et que personne ne pourra modifier.
Une belle trouvaille scénographique !

 

Pour autant, comédienne et metteure en scène ont su nous tirer des rires. Comme une catharsis, comme un exutoire.


La fin du spectacle est bouleversante.
L'interprétation d'une chanson d'Arno et une révélation.


Parce que la vie continue.
Immanquablement, inexorablement, coûte que coûte.
Parce qu'il faut bien fabriquer de nouveaux souvenirs.


Voici un spectacle à ne vraiment pas manquer !

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