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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le monte-plats

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Double-hommes au Lucernaire !
2 x 2 = 4 !
Ou comment la mathématique prend toute sa place au théâtre.


Mais commençons par le commencement.
Le monte-plats est l'une des premières œuvres de Pinter, écrite pour deux comédiens.
Ben et Gus, deux tueurs à gages, attendent un nouveau contrat, un nouveau job, dans une chambre aux vitres condamnées.


Un huis clos.
Angoissant. Oppressant.


Ces deux hommes dialoguent et vont exprimer bien des peurs, bien des désirs plus ou moins assouvis. Tous deux vont confronter leur vision des choses et du monde.

 

Nous sommes dans la première partie de l'oeuvre du Nobel de littérature.

Un théâtre de l'absurde, un théâtre de la dérision , où le tragique du monde est interrogé, décrypté à l'aune de sa dimension comique et pathétique.

 

Le metteur en scène de cette pièce, Etienne Launay (dont j'avais adoré la partition dans le Jeu de l'amour et du hasard monté par Salomé Villiers), Etienne Launay a poussé très loin le curseur de cette dérisoire absurdité.
Et comme il a eu raison !


Son idée est absolument formidable, à tel point que je me suis demandé pourquoi personne n'y avait pensé avant lui !
« Bon sang, mais c'est bien sûr ! », me suis-je en substance intérieurement écrié en la comprenant, cette idée-là !


Il a purement et simplement multiplié par deux le plateau et surtout les comédiens.
Nous allons assister à un dédoublement scénique de la proposition pinterienne, avec une scène coupée en deux, représentant de façon inversement symétrique le même décor minimaliste où deux fois deux comédiens, deux Ben et deux Gus joueront la pièce !


2 x 2 = 4 ! CQFD ! Un double Pinter pour un Pinter trouble !


Si ça fonctionne ? A la perfection !
A chaque fois qu'un comédien sort à jardin, son double rentre automatiquement à cour, et inversement, avec la plus grande précision et le plus grand sens du timing.


Au bout de cinq minutes, à chaque sortie, je tournais naturellement la tête dans la direction opposée, attendant le venue de l'alter-ego, ce qui ne ratait jamais.

Le procédé est systématique au point qu'il « pavlovise » les spectateurs.
C'est absolument jouissif !


Alors bien entendu, ceci a demandé aux comédiens un travail d'orfèvre en matière de rythme et de précision.
La machine dramaturgique ne peut fonctionner et tourner à plein régime que grâce à un quatuor de comédiens tous excellents.

 

Dans le rôle des deux Ben, Benjamin Kühn et Bob Levasseur sont parfaits en clowns blancs tragiques. Ils nous font habilement comprendre que leur personnage se prend pour le raisonneur, celui qui pense avoir les réponses aux questions posées par la vie.

Bob Levasseur en marcel blanc, les cheveux gominés, le cure-dents à la bouche en permanence, regardant par en-dessous est très drôle et m'a fait irrésistiblement penser à Benoît Poelvoorde.

Les deux Gus sont interprétés par Simon Lavardon et Mathias Mine.
Eux aussi sont tout à fait crédibles en espèces d'augustes en survêtement, s'interrogeant en permanence mais en ayant peut-être la vision la plus claire de la situation du monde...
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si à la fin..... Mais vous n'en saurez pas plus.

Leur interprétation nous fait également bien rire, chacun à leur façon. Mathias Minne est dans le registre « djeun's des cités », avec les mouvement corporels associés, Simon Larvaron est plus dans un registre pince-sans rire.
Que de moments hilarants !

Et le monte-plats dans tout ça ?

Pour savoir, courez-donc toutes affaires cessantes au Lucernaire découvrir cette pièce.

Une pièce de jeunes artistes audacieux qui osent, qui n'ont pas peur de prendre des risques, de bousculer un auteur pour mieux en faire ressortir le propos.
C'est brillant, c'est un spectacle qu'il faut absolument aller voir !

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A
Un excellent pinter enfin accessible au plus grand nombre grâce à une mise en scène audacieuse et remarquable.
Répondre
Y
Tout à fait d’accord !