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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le garçon du dernier rang

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Avez-vous déjà respiré l'odeur des femmes de la classe moyenne ?
Vous êtes-vous seulement déjà posé la question ?


André, ce professeur de Français complètement désabusé, édifié par le niveau de ses terminales, André donc, va avoir la surprise de trouver dans une copie cette étonnante référence olfactive sous la plume de Tom, cet élève du dernier rang.


La fascination du prof pour ce jeune homme va s'enclencher.
Tout comme va débuter un étrange exercice littéraire.
Cet enseignant, qui n'a jamais lui-même pu écrire un livre va pousser son élève à raconter, décrire le quotidien, la vie d'une famille issue justement de la classe moyenne.


Bien évidemment, une question va très vite se poser : jusqu'où aller ?
Jusqu'où pousser le curseur ?
Jusqu'où pénétrer, et à quel prix, l'intimité de cette famille ?


Paul Desveaux signe une mise en scène toute en virtuosité.
Prenant appui sur l'écriture très cinématographique de l'auteur espagnol Juan Mayorga, il va nous proposer une succession, un empilement de petits moments narratifs, des instants dramaturgiques, et ce, sur plusieurs plans.


A l'avant-scène, ce sera l'intérieur du prof et de sa femme. 
Il y aura la maison de la famille « disséquée ». Une scène dans la scène, un théâtre dans le théâtre, le tout délimité par une fine gaze translucide.
Et puis, pour les gros plans, nous aurons trois grands écrans video, qui focalisent le propos sur des objets, des symboles, des corps en très gros plans, des visages.


Tout ceci crée réellement une mise en abyme du langage narratif, avec toutes les questions associées : qu'est-ce qu'on me raconte, où, comment, qu'est-ce qu'on veut me montrer, quand et à quel moment ?
Des petites scènes se succèdent, sans aucun fondu au noir, qui aurait été bien entendu la solution de facilité. La réalité et le récit de Tom s'interpénétrant parfois.
C'est une vraie virtuosité scénographique et dramaturgique à laquelle il nous est donné d'assister.

 

Le prof et son élève sont incarnés par Martin et Sam Karmann.
Qu'on ne s'y trompe pas : ici, avant d'avoir devant nous un père et son fils sur le plateau, nous avons affaire à deux comédiens. Un point c'est tout !


Le duo fonctionne à merveille.
Une vraie relation s'installe très tôt entre les deux acteurs. On croit totalement à ces deux personnages enfermés dans une sorte d'attraction-répulsion.


Il faut dire que la direction d'acteurs de Paul Desveaux est millimétrée.


Sam Karmann est parfait dans le rôle de ce prof désabusé, bourru, austère, presque aigri, un rien pervers. Il est très drôle, également, distillant avec gourmandise les moments humoristiques voulus par l'auteur.


Martin Karmann est lui aussi excellent. Son Tom m'a fait penser au jeune héros du film de Sam Mendes « American Beauty », cet ado brillant qui filmait la famille en face de sa chambre.
Le jeune comédien a un jeu intense, pouvant incarner la puissance et en même temps une vraie fragilité. Son personnage est assez ambivalent, de ce point de vue.

Aucun de ces deux-là ne cherche à tirer la couverture à soi, un vrai équilibre règne.


Le reste de la distribution est à l'unisson.
Céline Bodis est la femme du prof, galeriste acculée à la faillite. Elle nous proposera de façon jubilatoire une lecture assez particulière de l'art moderne.
Le trio familial est incarné par Alexandra Tiedemann, Raphaël Vachoux et Frédéric Landenberg, irrésistible en passionné de basket, tentant de « réussir » à monter une affaire commerciale avec des Chinois.

Je ne saurai donc trop vous conseiller de diriger vos pas vers le Théâtre de Paris-Villette afin de découvrir cette adaptation très réussie de la pièce de Juan Mayorga.
Vous ne le regretterez vraiment pas !
Venez donc vous aussi respirer l'odeur des femmes de la classe moyenne !

 

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A l'issue de la représentation, j'ai interviewé Sam et Martin Karmann, qui sont revenus à mon micro sur ce beau moment de théâtre.
Ce sera pour les jours qui viennent.

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