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La révolte

(c) Photo Y.P. -

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« Je veux vivre ! »
Tel est le cri que pousse Elisabeth.


Elle n'en peut plus, Elisabeth, de sa condition de femme soumise.
Elle n'en peut plus d'être reléguée par son mari Félix, affairiste bourgeois, au rang de simple objet plus ou moins utilitaire.
Elle veut vivre, elle veut être écoutée, considérée, respectée.
Elle veut également de la poésie dans sa vie. Elle veut exister. Elle veut être.


En cela, cette révolte est est un combat véritablement féministe. Elisabeth lutte depuis quatre ans et demi.
Elle n'a pas choisi son mari, nous sommes à la fin du XIXème siècle. On dirait maintenant que son mariage a été arrangé. Ce qu'on reproche (à juste titre) à d'autres cultures a eu lieu chez nous, dans notre pays. C'était la norme bourgeoise de l'époque.


Mais une autre révolte couve. Elisabeth n'en peut plus de ces tripatouillages financiers qu'elle observe et connaît bien en tant que comptable de son mari.
Elle ne veut plus participer à la spoliation des plus faibles, elle ne veut plus assister, impuissante, à la ruine d'autres hommes.


En cela, cette femme s'élève contre un capitalisme naissant
Ces deux révoltes en une contiennent bien des ferments de luttes à venir.


Nous sommes en 1870, la pièce sera retirée de l'affiche du théâtre du Vaudeville cinq jours seulement après la première. A la veille de la Commune, on comprend pourquoi...


Le metteur en scène Charles Tordjman a opté pour une grande simplicité scénographique et dramaturgique.
Un grand cadre tendu d'une très fine gaze occupe les trois quarts du plateau, matérialisant la pièce principale de la demeure, mais également la distance qui sépare les deux époux. Beaucoup de dialogues seront dits de part et d'autre de cet obstacle.


Les lumières sont très douces, nous sommes pratiquement en permanence dans un clair-obscur, avec beaucoup d'éclairages latéraux.

 

Les costumes sont d'époque (mention spéciale à Cidalia Da Costa pour sa très belle robe couleur sépia, avec un domino assorti), mais l'on comprend très vite que le propos est intemporel.


Julie-Marie Parmentier est Elisabeth.
Elle est tour à tour glaçante (son énumération des biens acquis à restituer à son mari m'a fait froid dans le dos) et déchirante.
La comédienne parvient sans mal à nous convaincre du véritable calvaire qu'a enduré son personnage, elle nous fait partager l'horreur de cette aliénation quotidienne.
Elle est alors bouleversante en femme à qui un homme, même inconsciemment eu égard aux normes sociétales bourgeoises de l'époque, a voulu ôter tout libre-arbitre.

Melle Parmentier s'est emparé de bien belle manière de ce texte long et difficile. Son Elisabeth m'a énormément touché.

 

Le mari Félix est incarné par Olivier Cruveiller.
Il parvient sans peine à nous convaincre de la « monstruosité passive » de son personnage : ce qu'il a fait endurer à sa femme, il l'a fait sans s'en rendre compte, parce que c'était comme ça et pas autrement qu'à l'époque il fallait faire.

C'est là l'enjeu du rôle que prend admirablement à son compte le comédien.
Certaines de ses interventions nous font rire, tellement elles sont monstrueuses de machisme et de paternalisme.
Je vous conseille d'observer Olivier Cruveiller lorsqu'il regarde sa partenaire et écoute ses tirades : sa façon de jouer l'offusqué, l'interloqué est jubilatoire.

Quant à la fin de la pièce...
Il faudra vous rendre au Poche-Montparnasse pour en savoir plus, ne comptez pas sur moi pour vous la dévoiler...

Le metteur en scène et ses deux comédiens nous proposent donc un moment de théâtre fort et poignant, mais également un moment de saine et indispensable réflexion.

En matière d'égalité des sexes, et de respect mutuel, rien n'est jamais allé de soi et rien n'est jamais gagné. Il a fallu combattre, et il faut encore lutter : beaucoup reste encore à faire.
C'est une très bonne idée que d'avoir décidé de monter cette pièce trop peu jouée.

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