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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

L'abattage rituel de Gorge Mastromas

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Il y a quelque chose de pourri dans ma start-up nation !


Mais qui sont donc ces six personnages arborant chacun un masque animalier, se mettant à danser furieusement sur des rythmes techno assourdissants ?
Mais qui sont ces six mystérieux récitants, vêtus de noir, formant un choeur pas si antique que cela ?
Oh ! Pas grand chose, finalement. Ce ne sont que les vrais maîtres du monde. Rien que ça !


Ils sont les vrais gouvernants de la planète, symbolisant à eux six le pouvoir de l'argent-roi, l'ultra-libéralisme, l'ultra-capitalisme et la course effrénée au profit.


Ces six-là vont nous raconter une histoire pathétique, et vous nous présenter Gorge Mastromas, adorable enfant timide, gentil ado complexé, respirant la bonté par tous les pores de la peau.


Seulement voilà...
Le propos de la secte de la bourse maudite, au pouvoir absolu, est très simple : raconter, démontrer comment ce gentil garçon va devenir une victime consentante du système mis en place par leurs soins.

Pour eux, c'est un parfait exemple de la perversité de leur système.
Pour eux, bonté et lâcheté, c'est du pareil au même.


George Mastromas, va outrepasser un tabou moral et devenir une véritable pourriture. Le rite peut débuter, l'abattage peut avoir lieu. N'y en aura-t-il qu'un ? Je vous laisse découvrir.


Mais voilà, il y aura un prix à payer. Notre héros deviendra immensément riche, mais seul et abandonné de tous. Notre compassion virera très vite au plus profond dégoût.


La mise en scène de Franck Berthier est un véritable coup de poing. Tout ceci est très pêchu, complètement survolté, avec de multiples références cinématographiques. Nous sommes en permanence dans une tension palpable, procurant une attraction-répulsion aux propos tenus.


L'itinéraire de cet enfant qui va se gâter va sacrément nous secouer.
Nous allons être en permanence tiraillés entre rires et sentiment d'horreur, tellement la démonstration sera implacable.


Les six comédiens, Amélie Manet, Marie-Caroline Le Garrec, Adrien Guitton, Geoffrey Couët, Marion Feugère et José Corpas seront source de ces rires parfois très jaunes.
Ils vont proférer de façon très décalée, très jubilatoire, des horreurs qui nous ravissent.
Melle Feugère est est à cet égard emblématique : en blonde pathétique, elle sera une terrible et monstrueuse bimbo.


Ils incarneront également d'autres personnages importants. Mais c'est à vous d'aller voir sur place.


Et puis Yannick Laurent est ce Gorge Mastromas.


Je n'irai pas par quatre chemins : il est impressionnant !
Ce qu'il va faire sur le plateau relève d'un jeu à la fois furieusement puissant et délicatement précis, conférant au personnage une ambivalence assumée : il joue la monstruosité et la fragilité avec la même excellence.


Le comédien, que j'avais récemment beaucoup apprécié dans Trahisons, de Pinter, au Lucernaire, le comédien dans cette nouvelle partition donne à son personnage une incroyable et parfois bien pathétique humanité.
C'est un grand moment de jeu, un vrai défi relevé haut la main !

 

Sa façon de se vieillir, son attitude sur un vieux fauteuil lors des dernières scènes, vous évoquera immanquablement un célèbre film de Coppola. Du grand art.

Voici donc un moment de théâtre important, qui réussit parfaitement à montrer à quel point l'anglais Dennis Kelly est un auteur majeur de la dramaturgie contemporaine.
Il analyse sans concession le monde qui nous entoure, et nous en donne de terribles mais ô combien réelles lectures.
Ce n'est pas pour rien que Dennis Kelly a plusieurs fois été lu à la Comédie française.
Je suis à peu près certain qu'il rentrera un jour au répertoire.

Il faut absolument aller voir cet abattage de Gorge Mastromas. C'est une claque très salutaire que cette désopilante farce implacable et macabre.
Je suis sorti du Studio-théâtre complètement enthousiasmé !

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